‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 132 sur 164 · Cf. Note XII à la fin du volume · texte numérisé non relu

Cf. Note XII à la fin du volume

vérités objectives. Mais le procédé devenu sans efficacité, le besoin subsiste et l'on doit y répondre ; sans quoi l'on s'expose à voir les anciennes formes se perpétuer indéfiniment et produire de terribles réactions. Le prêtre n'a plus de vérités surnaturelles à enseigner aux entants, son rôle spécial est ,donc fini près d'eux ; mais la discipline morale qu'il leur inculquait en même temps, c'est au père et à la mère à la communiquer à leurs enfants avec patience et persévérance. On ne détruit que ce que l'on remplace, et ce que l'on remplace en mieux.

Vouloir préciser davantage serait vouloir prophétiser. Constater le sens de l'évolution actuelle, étudier les éléments psychiques qui évoluent, voilà ce qui est vraiment en notre pouvoir.

Le sentiment religieux, c'est-à-dire le sentiment* de l'infini, de l'idéal, du parfait est un de ces éléments. Le grand progrès réalisé de nos jours, c'est de ne plus confondre le sentiment lui-même avec le mythe monothéiste où il s'était incarné. Le monothéisme, la condensation du parfait en un seul être conscient, est une hypothèse irréfutable lorsqu'on la prend dans ses termes mêmes, puisqu'ils échappent à tout contrôle, mais qui va se briser contre l'insoluble objection de l'existence du mal, de tant d'horreurs et de tortures dans le monde que ce Dieu aurait créé. La perfection nous apparaît plutôt comme un idéal, loi de l'être dans son évolution ; chaque individu renferme un principe intérieur inépuisable de perfectionnement, de merveilleuse création du mieux ; c'est ce qui fait la dignité de la nature humaine et nous inspire, à son égard, le respect. Dégagé de sa forme

I. Sentiment dans le double sens moderne d'émotion, et de notion obscure bien que oertainement présente et agissante dans l'esprit.

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monarchique, le sentiment du parfait ne nous en relie pas moins à l'universelle évolution, donc à quelque chose de supérieur à nos individualités ; il nous i^elie aux autres hommes, organes comme nous du progrès; on comprend dès lors ce que peut signifier cette expression : religion de l'avenir \

Avec ses apparences abstraites, dues à la substitution des termes : di^^in, idéal, à : Dieu, rien de moins abstrait cependant que cette manière d'exprimer le sentiment religieux, puisqu'aussi bien ce sentiment ne se juxtapose plus à la vie, qu'il est incorporé à la vie elle-même et qu'il ne peut plus y avoir d'acte religieux autre que l'adhésion consciente, joyeuse et courageuse, à cet ordre idéal des choses qui se manifeste par la science^, l'art et la moralité^. C'est précisément en tant que nous sentons dans la science, l'art et la morale, la connaissance et la réalisation progressive de cet ordre idéal, que nous y voyons une religion : est religieux, est seul religieux, l'acte par lequel nous agissons comme organes de cette merveilleuse création du mieux. Et voilà retrouvée une source inépuisable d'enthousiasme, de désin-

1. Note XIII à la fin clu volume. — Cf. Guyau, Vlrréligion de l'avenir, préface, p. xiVj que nous citons, d'ailleurs, Note XIV. On objectera peut-être que la relig-ion a, comme point de départ, comme matière première, des représentations fausses, enfantines ou sauvages ; l'évolution n'en saurait rien tirer de bon, — Mais il ne faut pas se laisser duper par le mot évolution. Le schéma représentatif qu'on nomme ainsi cache toujours l'adjonction d'un élément supérieur qui explique le mieux réalisé. Ici, c'est l'humanité devenant de plus en plus humaine, prenant de plus en plus conscience de l'idéal de perfection, qui a corrigé, idéalisé ses anciennes divinités jusqu'à ce qu'elle arrivât à l'idée d'un « être infiniment parfait » et par là même au sentiment d'adoration proprement dite.

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