‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 133 sur 164 · Cf. Note XF à la fin du volume · texte numérisé non relu

Cf. Note XF à la fin du volume

3. Cf. La religion, la morale et la science (Paris, Fischbacher, 1900) de Ferdinand Buisson.

téressement, d'énergie inlassable, que l'on prétendait tarie avec la destruction des religions révélées.

Il n'est même pas besoin, remarquons-le bien, de choisir entre les diverses hypothèses intellectuelles : théisme, monisme, etc., qui servent habituellement à exprimer philosophiquement ce qui peut correspondre en dehors de nous au sentiment de la perfection. Il suffit d'accepter ce sentiment comme un fait, comme un élément constitutif de la nature humaine, analogue au sentiment esthétique, au sentiment moral, et correspondant aux catégories intellectuelles : absolu-relatif; infini-fini*. Que nous le voulions ou que nous ne le voulions pas, et que nous en ayons, oui ou non, conscience distincte, c'est ainsi que nous sommes construits psychiquement ; rien ne servirait d'ignorer notre anatomie psychologique ou de la mutiler.

Nous n'avons pas à discuter ici le socialisme comme théorie économique, mais il nous intéresse au plus haut point comme évolution d'une nouvelle « mentalité ». Les plus conscients, parmi les socialistes, sont ceux précisément qui redoutent le plus de voir le système réduit aux proportions d'une « question de mangeaille ^ )> et se refusent absolument à le laisser ainsi atrophier.

Or si la conscience chrétienne, ce fut la conscience humaine, se dégageant de plus en plus de la domination des forces physiques et du polythéisme qui en était issu, la

1. En ce cas, dira-t-on, métaphysique et religion se confondent. — Oui et non. Non, en ce sens que la métaphysique, c'est l'idée abstraite, le système abstrait ; la religion, c'est le sentiment sur lequel s'opèrent les abstractions, s'échafaudent les mythes et les systèmes et qui les vivifie.

2. Cf. Meng-er, l'Etat socialiste (trad. Andler), p. 96, 3o4, etc., et « Préoccupations intellectuelles, esthétiques et morales », dans le Socialisme en Belgique, de E. Vandervelde et J. Destrée.

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conscience moderne doit réaliser un effort, un progrès non moins difficile, non moins prodigieux. Il s'agit d'extraire de l'antique image d'un Dieu personnel ce qu'elle renfermait de vrai, à savoir la foi au Bien, à l'Idéal, et de sauvegarder vivante, joyeuse et efficace cette foi, tout en renonçant à l'image elle-même, survivance de la vieille idolâtrie, superstition introduite avec bien d'autres par l'esprit oriental dans le christianisme. Il s'agit de les remplacer par la mise en pratique enfin loyale et rigoureuse de cette justice, de cette solidarité, qu'avait entrevues le paganisme, et que la religion chrétienne a nettement affirmées, tout en les déguisant et étouffant sous trop de symboles. Nous sommes encore aux heures obscures de transition. Ferons-nous semblant de jouir déjà de la pleine lumière? Non, mais nous constaterons qu'elle approche et, obstinément, nous affirmerons à la fois les droits de la science et ceux de la conscience. C'est le moyen le plus sûr d'être utile à l'Humanité.

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