LETTRE DE SAINT AUGUSTIN A CONSENTIUS QIQ
ment par quoi il nous a élevés au-dessus des autres animaux. A Dieu ne plaise que croire nous empêche de chercher et trouver la raison de ce que nous croyons, puisque nous ne pourrions pas même croire, si nous n'étions capables de raison. Que si, en cer-taines choses qui font partie de la doctrine du salut et que nous ne sommes pas encore capables de concevoir par raison, quoique nous le puissions devenir un jour, nous disons qu'il faut que la foi précède, afin de purifier le cœur et de le rendre capable de soutenir le grand jour de la raison, c'est la raison même qui le dit. Aussi est-ce selon la raison que le prophète a dit : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas » (Is. VII). Par ces paroles, il distingue deux choses, nous donnant le conseil de croire d'abord, afin de pouvoir ensuite comprendre que nous croyons. Que la foi précède la raison, c'est donc une idée raisonnable. Et si c'est raisonnable, donc, si minime soit le motif de raison qui nous le persuade, (en un sens réel) aussi, la raison précède la foi. C'est pour cela que l'apôtre Pierre nous avertit que nous devons être prêts à répondre à tout homme qui nous demande la raison de notre foi et de notre espérance (iPetr. III, i5). Et plus loin, n^ i3 : De toute votre âme aimez à comprendre ( « intellectum valdè ama » ), puisque ces mêmes Écritures saintes qui nous conseillent de croire à ces grandes choses avant de les comprendre, si vous ne les comprenez pas (elles-mêmes), ne sauraient vous être utiles. »