Goblet d'AlvielIa, Eleusinia. Leroux, igoS, p
formaient une élite ; dès lors l'analogie s'imposait avec les initiés des mystères.
Paul reste fidèle à l'esprit hébraïque ; il est pratique et part de V expérience-^ nous aussi, mais la différence entre le point de vue juif et le nôtre est considérable ^
Inexpérience, en effet, suppose quelque chose d'objectif, de donné, mais aussi une impression subjective produite sur nous; de la synthèse de ces deux éléments résulte ce que l'on nomme un fait, élément simple en apparence, complexe en réalité. Aussi les modernes analysent-ils les faits, distinguent-ils aussi soigneusement que possible l'élément subjectif de l'objectif, et n'admettent-ils l'élément subjectif (pi après un contrôle rigoureux .
Le Juif, au contraire, ne faisait pas d'analyse ou si peu ! Il acceptait le fait en bloc, tel que l'avait construit son sentiment subjectif et l'interprétait avec ce même sentiment ou d'autres sentiments qu'il trouvait dans des textes sacrés, prophétiques, etc.
C'est ainsi que procède saint Paul : sa spéculation demeure fondée sur ses expériences personnelles" : expérience de l'inefficacité de la Loi juive pour vaincre les mauvais penchants de sa nature et lui donner la paix de l'âme ; expérience de sa propre conversion, constatation de l'irrésistible efficacité de la grâce divine, qui, après l'avoir terrassé, se sert de lui comme d'un instrument, d'un « esclave » pour accomplir son œuvre ; expérience de la survivance en corps et en âme de Jésus lequel, ignorant ce que nous appelons hallucinations et suggestions, il est
I. Nous parlons, est-il besoin de le dire, du Juif ancien. * 2. Cf. V Apôtre Paul, esquisse d'une histoire de sa pensée, par A. Sabatier. Fisclibacher, o'^ édit., 1896.
persuadé d'avoir vu et d'après qui il conçoit notre propre résurrection et vie spirituelle; expérience du rejet par Dieu du Judaïsme qui se cantonne dans la Loi, et de la vocation des Gentils qui acceptent la justification par la foi. Aussi, les catégories qu'il emploie sont-elles d'ordre pratique, personnel et historique : la loi et la grâce, les œuvres et la foi, la solidarité dans le péché et dans la grâce. Avec cela il construit un système très cohérent, mais la cohésion lui vient, non d'un raisonnement logique mais du sentiment interprétant à sa manière ces expériences toutes fort sujettes à caution.
Le raisonnement, chez lui, est demeuré rabbinique, subtil et sophistique^ ; ce qui fait le plus ou moins de valeur de la conclusion, c'est le sentiment qui s'y mêle. Or, d'autre part, c'est un immense danger, car le sentiment surexcité, sans le contrôle de l'intelligence, c'est bien vite le fanatisme. Exemple : « Dieu a pitié de qui bon lui semble et il endurcit le cœur de qui bon lui semble^ » D'où vient cette terrifiante et barbare doctrine de la prédestination? De ce que Paul laisse travailler, sans contrôle de l'intelligence, le sentiment religieux sur l'image anthropomorphique de la divinité; or, ce sentiment surexcité devient absolu, intransigeant ; il ne faut donc pas s'étonner de voir saint Paul qui, pourtant, a de si belles pensées sur la bonté et la miséricorde divines, faire ainsi de Dieu un abominable despote.
On objectera aussi que Paul emploie souvent les mots « connaissance ou science (gnôsis) » et « sagesse (sophia) » ;
1. Cf. I Cor.,Wj 45; Gai., III, i6 (subtilité sur in seinlne)- exemple d'allégorie, Gai., IV, 2i-3i.