‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 18 sur 164 · I. I Cor., I · texte numérisé non relu

I. I Cor., I

ques dans le livre de la Sagesse pour que l'esprit grec pût pénétrer dans la citadelle des croyances ; mais l'auteur du Livre de la Sagesse était venu trop tôt; son œuvre n'eut qu'une influence restreinte ; incalculable fut celle du quatrième évangile où, par la théorie du Logos, l'esprit grec s'installa en plein cœur du christianisme.

Cette théorie du Logos est essentiellement grecque. Un siècle déjà avant Socrate et Platon, Heraclite d'^'yo/zèse enseignait que (c tout devient », mais qu'il y a dans cet universel devenir quelque chose qui l'empêche d'être un chaos ; qu'il y a un ordre, une harmonie, une Loi, une raison universelle qu'il appelait Logos. Nous retrouvons le Logos chez les Stoïciens; c'est l'aspect actif et rationnel du monde, qui est comme le germe caché dans la matière et la façonnant, la faisant évoluer, dirions-nous ; aussi donnent-ils à cette Raison le nom de semence : « Logos spermatikos ».

Les Juifs d'Alexandrie accueillirent favorablement cette théorie du Logos (apparenté au « Nous » d'Anaxagore et aux Idées de Platon), d'autant qu'elle se rapprochait beaucoup de leur manière de réaliser les attributs divins et des personnifications poétiques dont leurs auteurs sacrés s'étaient souvent servis, par exemple en parlant de la Parole et de la Sagesse divines ^

Un de ces Juifs d'Alexandrie, Philon (né 3o ans avant notre ère), combina toutes ces théories et personnifia réellement le Logos dont il fit une sorte de médiateur par lequel Dieu crée et gouverne le monde et par lequel il se révèle et communique aux hommes.

1. CF. Psaumes ^2 (^;), 4, 6; io8 (lOÇ)), 89, io5; 146 (147), i5, 18; Ecchis., I, I, 4 5 XXIV, 9-21 ; Sacj., VI, 22 ; IX, XVI, 12 ; Proverbes, IX, 22 et sulv.

Le Logos « est le seul vrai bien et Tinspirateur du bien ; il est la Loi de Dieu et il est le législateur. Il est la vérité et il la fait connaître ; il est l'éducateur des hommes et les conduit à Dieu... Il fait boire la vertu aux âmes et les nourrit ; il instruit et conseille les hommes ; il les initie à la vie supérieure, les appelle à la perfection, leur procure le salut. Il est le porte-voix, le messager, le serviteur de l'Eternel, l'archange, le chef des anges. Il est le berger de l'âme. Il est l'intercesseur des hommes auprès de Dieu et le délégué de Dieu auprès des hommes. Etant lui-même l'image ou la gloire de Dieu, il révèle les perfections divines. Rien ne lui échappe. Il est saint et pur, puisque par sa nature même il ne peut avoir part à aucun péché. Dieu habite en lui. Il est le fils premier-né de Dieu. Il est le prince de la paix, de la paix véritable, dififérente de celle que procure le monde; auprès de lui se trouve la vie éternelle ^ ».

« Philon, ajoute J. Réville, n'est pas seulement philosophe ; il est aussi, il est avant tout un homme religieux, un pieux adorateu.r du Dieu de ses Pères... L'essentiel pour lui, c'est d'amener ses lecteurs à glorifier et à adorer le Dieu qui s'est révélé par Moïse et les Prophètes". »

Ce que Philon avait fait pour Jahvé, l'auteur du quatrième Evangile le fit pour Jésus ; il V hellénisa, et de Messie, titre que les Grecs ne comprenaient point, il le transforma en Losros.

Trois questions se posent ici :

Qui a fait cette transformation ?

1. J. Réville, le quatrième Évangile, son origine et sa valeur historique. Paris, Leroux, 1901, p. 92, 98. Remarquer combien toutes ces expressions de Philon ressemblent à celles du quatrième évangéliste.

Page 1