IX, 22 à 3i
en sa présence, jouant sur le globe de la terre et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme. »
La piété combinera ces paroles et Ton dira de Jésus : « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toutes créatures... tout a été créé par lui et pour lui » [Colossiens, I, i5 et suiv.) ; « Par lui a été créé le monde; il est le reflet de la gloire de Dieu et l'empreinte de sa personne ; il soutient toutes choses par sa parole puissante « (Hœhr., I, 3).
Il y avait un abîme entre ces deux choses : être le Messie, envoyé de Dieu, rempli de sagesse, et être personnellement la Sagesse, émanation de Dieu même ; la piété, passionnée idéalisatrice, le combla. Mais « la Sagesse », c'est encore une expression juive ; pour les Grecs, la sagesse, c'est un raisonnement, une argumentation^ de là le trait de génie du quatrième évangéliste.
c) Il traduit Sagesse par Logos. Il existe une relation si étroite, au fond, entre ces deux notions que certains auteurs ont prétendu qu'il n'y avait là qu'idées juives. C'est exagéré : le rapport entre le quatrième évangile et les spéculations judéo-alexandrines d'une part, des spéculations judéoalexandrines et de la philosophie grecque d'autre part, est incontestable.
D'un autre côté, on exagérerait en voulant faire du quatrième évangile une philosophie proprement dite du Christ. C'est avant tout un livre de piété, mais écrit par un philosophe, et de plus par un philosophe qui n'a pas comme intention principale de faire de la philosophie, mais de mettre sa philosophie à contribution pour exprimer, proclamer, nourrir sa piété et celle de ses lecteurs : « Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le fils de Dieu et que croyant vous ayez la vie en
son nom » (XX, 3i). C'est bien le point de vue pratique, le point de vue juif. Voilà pourquoi si la tradition chrétienne a nommé l'auteur du quatrième évangile o theolo^^os, c'est dans le sens large que nous disions en commençant ; il n'y a pas encore de philosophie abstraite et raisonnante, donc pas de théologie p7^oprement dite, même dans ce quatrième évangile. Le Logos incarné est la lumière et la vie des hommes, il laisse éclater sa gloire plein de grâce et de vérité — tout cela c'est de la vie mystique pratique. On a voulu distinguer dans le prologue entre les premiers versets qui seraient philosophiques, platoniciens, et relatifs à la révélation universelle par la raison humaine et les versets qui suivent le verset 6 qui seraient relatifs h la révélation spéciale par l'incarnation du Logos en Jésus ^ ; Loisy conteste la légitimité de cette distinction et applique tout le prologue à l'incarnation.
Mais quelle que soit l'opinion que l'on adopte, il ne s'agirait que de 4 ou 5 versets. L'important, c'est le terme même de Logos. C'est vraiment le cheval que les Grecs ont introduit dans la ville ; pendant des siècles, la raison va s'exercer à l'expliquer, à le commenter, puis tout à coup, ce qui en sortira, ce sera la critique armée de pied en cap, qui démolira la citadelle.
3°) Mais avant de commencer le récit de ce fait étrange, il reste à élucider le troisième aspect de la question : pourquoi cette idéalisation ; pourquoi toutes ces idéalisations qui* ont constitué les dogmes ?
Pour le comprendre, il faut se rappeler, en la complétant, la loi psychologique formulée au chapitre premier : tout