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CHAPITRE III

Dans le langage ordinaire.

Si l'on ouvre un dictionnaire, on constate que le moi foi est un des plus riches en significations: voici les principales que je prends dans Littré : i'' fidélité, exactitude à remplir ses engagements : je t'engage ma foi... la foi des traités, des serments... foi conjugale, recevoir, garder la foi du mariage... foi de gentilhomme... foi d'honnête homme... par ma foi...î'Mais déjà ces derniers exemples passent à la seconde signification : Sincérité : être de bonne ou mauvaise foi... un possesseur de bonne foi... assurer quelque chose de bonne foi, de la meilleure foi du monde... ; 3° sens que l'on peut appeler objectif: véracité; croire quelque chose sur la foi d'autrui, sur la foi de l'Eglise... attester la foi publique, la foi de l'histoire... cet acte fait foi en justice... En foi de quoi, j'ai signé le présent certificat... liQuand la véracité (objective) est unie à la sincérité (subjective), nous sentons naître en nous la croyance (4^ signification) : j'ai foi à vos paroles. La foi, dans le sens

théologique, la croyance aux dogmes révélés en un cas spécial qui rentre dans cette quatrième acception du terme. Nous croyons, c'est-à-dire que la sincérité et la véracité de celui qui parle nous inspirent confiance ; comme d'ailleurs l'étymologie latine nous le prouve, foi = confiance. Or, chose curieuse, c'est précisément cette signification fondamentale, essentielle que Littré ne donne pas et que je trouve au contraire, en premier lieu, dans un dictionnaire de bien moindre valeur, celui de Larousse ; exemple : u Un peuple sans foi à ses maîtres leur obéit, mais les méprise (Jouffroy) )), ou encore « Le socialisme, c'est la foi dans l'avenir » (Em. de Girardin).

Cette revue rapide des divers sens du mot foi prouve bien que le sens en est complexe et n'est pas épuisé par la simple créance. 11 faut donc se tenir sur ses gardes et ne pas être étonné si la théologie ayant imposé à cette riche psychologie une simplification systématique, ayant traité ce sentiment aux branches si nombreuses comme les jardiniers du temps de Louis XIV traitaient ou plutôt taillaient et diminuaient les ifs et les charmilles, aboutit — nous le constaterons plus tard — à une théorie insuffisante et partiellement contradictoire.

La foi dans le sens de confiance.

Que l'on trouve dans les Ecritures le mot foi dans le sens de croyance^ croyance aux enseignements ou aux promesses de Dieu, je n'ai pas besoin d'insister sur ce point et d'ap-

porter des textes à l'appui. Ce qui est vraiment intéressant et important, c'est précisément de voir que le mot foi, dans la Bible, signifie souvent et très souvent la confiance, la confiance entière, absolue, sans réserve, de l'âme à son Dieu.

C'est d'abord le passage si connu, dont saint Paul et l'auteur de l'Epître aux Hébreux* ont tiré un beau parti: Abraham, déjà vieux, se plaint au Seigneur qui vient de lui apparaître et de lui dire : ce Ne crains point, je suis ton bouclier et ta récompense sera très grande... Seigneur, dit-il, je m'en vais sans enfant et l'héritier de ma maison, c'est Eliézer de Damas... Ce n'est pas lui qui sera ton héritier, dit le Seigneur, mais c'est celui qui sortira de tes entrailles. . . Regarde le ciel et compte les étoiles, si tu peux. Telle sera ta postérité. Abraham eut confiance en l'Eternel, qui le lui imputa à justice^)). L'expression croire en l'Eternel montre bien qu'il s'agit de la confiance en sa puissance, en sa protection promise, en sa fidélité tout autant qu'en sa véracité.

De même le non moins fameux texte : « Le juste vivra par sa fidélité^ » qui a servi à saint Paul, comme le texte précédent, à construire (grâce à une interprétation psychologique du mot çie), je n'ose dire sa théorie^ puisqu'il s'agit d'un enseignement pratique, disons donc son enseignement sur la foi. Le sens de ce texte nous est donné par la comparaison avec un passage analogue d'Isaïe : « Il arriva, du temps

d'Achaz, roi de Juda, que le roi de Syrie monta avec le roi

1. Ép. aux Romains, IV. — Ép. aux Hébreux, XI. — Ép. de Jacques, II.

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