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CHAPITRE IV

GOMMENT EST-ON PASSÉ DE LA FOI INDIVIDUELLE i A LA FOI ECCLÉSIASTIQUE ?

Explication psycho-physiologique.

Nous sommes toujours tentés de parler des choses religieuses à un point de vue purement spirituel. Ce serait une immense erreur.

Le sentiment religieux, dit M. Ribot", est une émotion

1. Je dis individuelle, non pas individualiste, n'ayant en aucune manière l'idée que nous puissions nous isoler, séparer notre personnalité des autres d'une manière exclusive. — Nous nous heurtons d'ailleurs ici à une double difficulté : i^ antinomie entre V individu et la société, mais c'est là une des nombreuses dualités qui s'imposent à la pensée humaine sans qu'elle ait le droit de sacrifier l'un à l'autre un des membres de ces dualités ; 2^ le sentiment religieux est-il individuel ou social ? L'un et l'autre, répondrons-nous, pour le motif même que nous venons de donner au i". D'ailleurs, l'auteur de l'Introduction à la récente traduction du Manuel de l'histoire dejreligion^(Tpar Ghantepie de La Saussaye), avoue, p. xxvir, « qu'une démonstration pleinement satisfaisante du caractère social de la religion n'est pas encore possible ». Il reconnaît, en tous cas, que « les formes du raisonnement individuel se substituent progressivement aux formes de la pensée collective à mesure que les individus sont plus enclins à prendre conscience de celle-ci » — et de leur propre personnalité. Or c'est la situation dans laquelle nous nous trouvons et qui seule nous intéresse et nous n'avons pas à discuter ici la question de l'origine première du sentiment religieux.

2. Psychologie des sentiments, 1. II, cluip. ix, § III, p. 32i.

complète. « Une émotion complète comprend outre l'état purement psychique, une résonance somatique \ un ébranlement de l'organisme qui consiste : i°) en changements de la circulation, de la respiration et des fonctions en général ; 2°) en mouvements, gestes et actes qui constituent son mode propre d'expression : sans cela, il n'y a qu'un état intellectuel. )) Or le sentiment religieux remplit ces deux conditions « tout autant qu'un autre » : le i'') par l'exaltation ou la dépression de l'organisme ; le 2°) par les rites. « Le sentiment religieux est donc une émotion complète avec son cortège dé manifestations physiologiques et les auteurs qui l'ont classé parmi les sentiments intellectuels ne l'ont considéré que dans ses formes supérieures, c'est-à-dire au moment où il s'éteint. »

Ribot indique aussi « la tendance du sentiment religieux h réunir, grouper, socialiser », mais il résume et abrège trop et doit être complété sur ce point. Pour cela, rappelons-nous une des lois fondamentales de notre vie psychique.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de la réalité et de la valeur métaphysique de cette unité, il est absolument certain que notre conscience prend simultanément la forme de la multiplicité et celle de l'unité (unité proprement dite par rapport au nombre; unité par rapport au temps ^ identité ; unité par rapport à l'espace = simplicité). La personne humaine nous apparaît comme une et identique (de là le sentiment de la responsabilité, qui ne pourrait exister si nous ne nous sentions point, du moins sous un rapport, le même être). Ou plutôt, il y a dans presque toutes les consciences une

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