‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 35 sur 164 · I. De sôma, corps · texte numérisé non relu

I. De sôma, corps

sorte d'oscillation entre ces deux pôles : multiplicité et unité. Lorsque l'unité réussit à s'établir et à prédominer, nous avons l'équilibre, la possession et la direction de nousmêmes ; lorsque la multiplicité l'emporte et que la direction des associations psychologiques échappe de plus en plus à la volonté, nous avons tous ces troubles psychiques dont la forme bénigne est la distraction et dont la forme aiguë constitue les diverses sortes de dédoublement de la personnalité. Tous nous connaissons ce manque d'unité, ces « contrariétés que l'on éprouve au-dedans de soi-même «, comme disait Racine :

...Quelle guerre cruelle !

Je trouve deux hommes en moi...

Nous semblons bien loin de la théologie. Nullement. C'est précisément de ces contradictions fondamentales de la vie intérieure qu'A. Sabatier, par exemple, a voulu faire naître le sentiment religieux. Suivez, dit-il, chacune de nos facultés dans leur épanouissement progressif; toutes vont se heurter à une mortelle contradiction. Je veux connaître, je me brise au mystère ; être heureux, à la douleur ; réaliser le bien.

Je ne fais pas le bien que j'aime, Et je fais le mal que je hais ! . . .

« D^ok me tiendra la délivrance ? »... « De ce sentiment de détresse, de cette contradiction initiale de la vie intérieure de l'homme, naît la religion. C'est la fente dans le rocher d'où sort l'onde vivifiante. Non pas que la religion apporte au problème une solution théorique. L'issue qu'elle Hébert. 4

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nous ouvre et nous propose est avant tout d'ordre pratique. Elle ne nous sauve point par une acquisition de connaissances nouvelles, mais par un retour au principe même d'où notre être dépend et par un acte moral de confiance en l'origine et en la fin de la vie \ »

Mais Sabatier aboutit ainsi à une sorte de protestantisme ultra-libéraP et ne nous explique point ^ comment on est arrivé à la doctrine autoritaire, au dogme intangible de la part du fidèle.

L'explication doit être cherchée dans des phénomènes plus complexes, moins exclusivement psychologiques.

C'est ce qu'a fait pertinemment Murisier dans son travail très documenté sur les Maladies du sentiment religieux'' . Sans doute, il y étudie surtout les a cas extrêmes » (extase, fanatisme), mais la maladie et la santé sont des termes très . relatifs. En fait, toutes les fois que nous entrons dans le détail de la vie de ces mystiques ou psychologues (Pascal, Maine de Biran, AmieR dont parle A. Sabatier|, nous constatons facilement leurs tares nerveuses.

Les contradictions dont souffrent les mystiques, dit très justement Murisier, ne sont pas seulement « entre le moi empirique et le moi idéal. Au point de vue physiologique aussi bien qu'au point de vue psychologique, leur état est anormal. Leurs confessions et leurs autobiographies contiennent en général de longues et minutieuses descriptions

1. Esquisse d'une philosophie de la religion. Paris, Fisclibacher, 6*^ édition, 1901, p. i4, 16, 19.

2. Nous ne reprochons à la religion ainsi comprise que de continuer à s'appeler protestantisme, ce qui l'obligée à conserver une terminologfie dog^matique équivoque.

3. On vient de publier un ouvrag^e posthume d'A. Sabatier, sur les Religions d'autorité.

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