‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 37 sur 164 · P. 21, 22. Cf. p · texte numérisé non relu

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2. Les obsessions et la psychasthénie. Paris, Félix Alcan, igoS.

quence, un douloureux sentiment d'angoisse, par suite un ardent désir de rédemption, de délivrance, d'unification et de paix.

La paix, le psychasthénique ne l'obtient qu'en se procurant, grâce à un mo\ artificiel, l'unité et la stabilité psychique que le défaut de « synthèse mentale » ne lui permet pas d'obtenir d'une manière normale. Ce moi postiche, ce sera ou un ami, ou un amant, ou un conseiller, un directeur, voire même un objet matériel, telle ou telle statue ou fétiche grâce auxquels le psychasthénique retrouvera le calme, la confiance et l'activité ; soit un moi supérieur, comme Jésus, la Vierge, ou l'idée de Dieu ; soit, enfin, un moi social. Bien des gens ne peuvent, dit-on, penser qu'en bande, non seulement penser, mais agir, être heureux, vivre pleinement. Janet et Murisier citent de nombreux exemples de ces psychasthéniques, malheureux, torturés de doutes, incapables d'agir, quand ils sont seuls, pleins de foi dès qu'ils font partie d'un groupe, d'une communauté. Ils ont un « besoin énorme d'une affirmation étrangère... » « Peu leur importe la réponse, pourvu qu'elle soit nette et décisive, ils sont immédiatement soulagés \ »

Mais si le psychasthénique ne trouve son unité et sa stabilité que dans un milieu social, il s'ensuit qu'il ne la conservera que si ledit milieu lui-même demeure immuable.

I. Janet, p. 882 et suiv. ; Murisier, p. 25, 78 et suiv. ; nombreux exemples. — Et que l'on ne croie pas que nous regardons comme maladif tout recours à un appui, à une aide, une autorité extérieure, à un groupement, une coi'poration. Nous admettons parfaitement l'usage libre et acij/ qu'en fait une vraie personnalité. Le faible d'esprit, lui, ne sait pas s'en servir sans s'y asservir ; son attitude est toute passive, puisque l'idée fixe ou la décision extérieure remplacent pour lui ce qui devrait résulter de l'effort de sa personnalité.

(( L'existence d'une société stable garantissant l'existence d'un état psychique stable, l'individu faible, ou même moyen, se trouve personnellement intéressé à la conservation des croyances et des coutumes traditionnelles dans son entourage, et les no^>ateurs deviennent ses propres adversaires, les perturbateurs de son repos, les agents de la dissolution de son moi, par cela seul qu'ils jettent le trouble chez autrui ou le modifient ^ »

De là, haine contre l'hérétique, qui a une opinion personnelle, différente de celle de la communauté. Et non seulement quand il s'agit de dogmes : c'est au sujet de sa coiffure qu'au début de la Réforme le Consistoire de Montauban refusa la communion à M.^^ Duplessis-Mornay ^. A fortiori, s'il s'agit de croyances. « La religion réalise une condition fondamentale de l'adaptation par l'entretien de l'unité et de l'identité des croyances, des volontés, des émotions, en un mot par la stabilité du milieu social... La raison qui, en affranchissant l'individu de la foi collective et traditionnelle engendre la diversité sociale, paraît plus que suspecte ; on la juge impie ^ ».

Il est donc inévitable que la « médiocrité crée l'autorité*».

L'idéal, en pareille matière, sera donc un dogme intangible par le fidèle, confié à une autorité infaillible. De tels dogmes, une telle autorité devaient nécessairement apparaître dans ce milieu chrétien enthousiaste, où le manque d'esprit critique fut toujours la règle générale et la simplicité d'esprit considérée comme une vertu et, pour divers motifs, soigneusement entretenue et développée.

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