‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 38 sur 164 · Renan, Marc-Aurèle, p · texte numérisé non relu

Renan, Marc-Aurèle, p

Explication historique.

A la raison psychologique vient se joindre la raison historique : les premières hérésies, la « gnose », déterminèrent la formation de l'épiscopat monarchique autoritaire^ et de V orthodoxie.

Sans entrer dans des détails qui ne sont point directement de notre sujet, qu'il suffise de rappeler que gnose vient de gnôsis, connaissance. Les spéculations indiennes, chaldéennes, persanes, égyptiennes, phéniciennes d'une part, les spéculations grecques de l'autre, avaient rendu ce mot de ^/z«95e aussi éblouissant, suggestionnant, au moment de l'apparition du christianisme, que l'est aujourd'hui celui de science. La surexcitation fut d'autant plus grande que l'intelligence fonctionnait à vide, entassant imaginations sur imaginations, sans l'indispensable contrôle de la réalité objective.

Il y eut une gnose juive avant qu'il y eût une gnose chrétienne. La gnose juive s'inspira des spéculations orientales, de là, plus tard, la « cabale », ou des spéculations grecques, comme ce fut le cas pour Philon. De même il y eut, dans le sein du christianisme, une gnose judéo et orientalo-chYQÛQXïnQ comme celle de Cérinthe, de Simon le magicien et une gnose helléno-chvéiiQnne, comme celle de Basilide et de Valentin,

I. Jean Réville, Les orlrjines de l'Episcopat. Paris, Leroux, iSg^-

Systèmes obscurs, peu compris même des contemporains. Les grandes lignes générales toutefois paraissent être Celles-ci : Jésus est un des nombreux éons émanés de la Divinité inaccessible ; il répare ce monde qu'un autre éon a fait si misérable, mais sa personnalité n'est nullement unique, incomparable, comme elle Test pour saint Paul et l'auteur du quatrième évangile ou celui de l'Epître aux Hébreux. Les hommes ordinaires doivent se contenter de la foi\ ceux qui ont en eux l'étincelle divine, le pneuma, s'élèvent seuls jusqu'à la gnose et l'immortalité. Dans ces rêves cosmogoniques sombrait parfois toute moralité, en tous cas s'évanouissait, s'évaporait le Christianisme. Jésus n'était qu'un des nombreux acteurs du grand drame, pour le gnostique, tandis que pour la conscience chrétienne, il était la voie, la vérité, la vie, et finalement Dieu.

Mais ce qui nous intéresse ici, ce n'est point le plein développement de ces doctrines au second siècle, c'est ce qui se passa dès les années qui suivirent la mort de Jésus.

Jésus, nous l'avons dit, s'était adressé au cœur, à l'imagination et par eux à la conscience. Mais son enseignement aussitôt qu'il eut fait son entrée dans un monde où régnaient l'intellectualité, la gnose, tendit de suite à s'intellectualiser. Nous trouvons déjà, par exemple, ces expressions de la Didachè : « Nous vous rendons grâce pour la connaissance, la foi et V immortalité^. » Et dans Luc, XI, 52 : « Malheur à vous, docteurs de la loi, qui avez enlevé la clef de la connaissance, qui n'entrez pas et empêchez les autres d'entrer. » La « clef de la gnose )) c'est-à-dire la gnose, la connaissance des prophéties et de la religion

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