‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 50 sur 164 · XI · texte numérisé non relu

XI

Jésus vous instruit. « Il parle avec autorité » et enthousiasme, et « non comme les scribes » qui épiloguaient sur les textes écrits ; telle était l'impression générale \ C'est qu'il est prophète et parle comme prophète. Jésus sent qu'il remplit une mission, mais il laisse pour l'apparition sur les nuées toute manifestation de puissance ; pour le moment, il ne voit qu'une chose, prêcher, énoncer des vérités qui doivent être comprises immédiatement, instinctivement, sans raisonnement ni métaphysique,, par toute âme de bonne {>olonté.

A cette prédication se joignirent — la critique historique le prouve — des guérisons, accomplies non pour signifier sa puissance, mais par pitié, bonté de cœur. On trouve encore dans les Actes une trace de cette manière de comprendre ces guérisons : « Vous savez, dit Pierre, comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du démon, car Dieu était avec lui^. » Voilà le Jésus pitoyable, fraternel, et non plus le Jésus hellénisé, byzantinisé, de la théologie.

Mais ces œuvres de miséricorde devinrent de plus en plus, dans l'idée de ses disciples, des preuves de sa messianité. Voici un exemple frappant de cette transformation d'un prophète en thaumaturge : « Jean ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent,

' I. Matih., VII, 29; Marc, I, 22, 27 ;Luc, IV, 3i. 2. Act. X, 38.

les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée ' aux pauvres \ » La dernière expression doit nous mettre sur nos gardes ; et avec raison, car reportons-nous à Isaïe ^ auquel sont empruntées toutes ces paroles et nous constaterons qu'elles ont été dites au figuré, au moral; la prédication aux pauvres dont parle Jésus correspond à une prédication semblable à celle de Jonas dont il parlait (cidessus), prédication allant directement de sa conscience à celle des auditeurs, sans aucun artifice.

Voilà donc la solution de l'énigme : Il n'y a qu'à se rappeler la conclusion des leçons précédentes, le double sens du mot foi.

S'agit-il de la foi dogmatique, ecclésiastique, venant d'un enseignement infaillible ? Evidemment, il faut que les hommes qui se prétendent investis d'une pareille autorité fassent valoir leurs titres et fournissent des preuves irréfragables de leur mission. L'acceptation de l'autorité n'est raisonnable que s'il y a eu préalablement démonstration de la valeur, de la légitimité, des droits de cette autorité. Et, de fait, toujours l'autorité religieuse qui s'est donnée comme infaillible a prétendu fournir ces preuves, pouvoir exhiber ses titres. Si donc ces preuves (miracles, prophéties, etc.) tombent, cela n'atteint que la foi ecclésiastique, et nous restons toujours en présence de ces croyances religieuses et morales qui ne se démontrent pas, mais sont le témoignage de l'àme naturellement affirmatrice d'un au-delà, d'un Idéal. Ce sentiment religieux n'est pas plus açeugle que le sentiment moral ou le sentiment esthétique ; il ne ressortit

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