I Cor., I, 22 à
.se servirent pas, comme les gnostiques, de l'enseignement chrétien pour en faire un élément de leur construction philosophique, mais ils se servirent — ainsi que l'avaient déjà fait saint Paul et l'auteur du quatrième évangile — de la gnose, delà philosophie pour exprimer leur foi, la philosophie n'étant que l'accessoire, la foi demeurant le principal, l'unique nécessaire. Et ils ont fait usage des ressources intellectuelles de leur temps avec confiance, avec enthousiasme, parce qu'ils croyaient la conciliation entre la foi et la raison, non seulement possible, mais toute naturelle, les deux rayons de vérité pour eux n'en faisant qu'un au fond .
C'est d'abord saint Justin, né en Palestine, au commencement de II® siècle, d'une famille païenne, et qui se fit chrétien vers sa 3o^ année.
D'après lui, il est une Raison (Logos) semence divine, répandue dans toutes les âmes h laquelle, donc, participe tout le genre humain. Les philosophes païens n'y ont participé que partiellement; le Christ totalement ; de là la supériorité de ces deux degrés de participation à la Raison : philosophie (participation fragmentaire), foi chrétienne (participation totale, complète).
Voici les principaux textes :
« Le Christ premier-né de Dieu est cette Raison à laquelle participe tout le genre humain. Ceux qui ont vécu selon la Raison sont chrétiens, quand bien même ils auraient passé pour athées, Socrate, Heraclite, par exemple, chez les Grecs; chez les Barbares : Abraham, Ananias, Azarias, Misaël, Élie et beaucoup d'autres dont il serait trop long de rapporter les actions ou les noms. De même ceux qui ont vécu sans (l'influence de cette) Raison, furent mauvais,
-yS l'évolution de la foi catholique
ennemis du Christ, homicides de ceux qui vivaient selon la RaisonV »
N° lo:
« Notre doctrine est plus sublime que toute doctrine humaine, car le Christ, c'est la Raison elle-même ; les philosophes, les législateurs ont pensé ou dit des choses admirables, c'est qu'alors ils avaient trouvé et envisagé (partiellement) quelque aspect de la Raison. Mais parce qu'ils n'ont pas connu toute la Raison, tout le Christ, ils sont tombés souvent dans des contradictions. Or, ceux qui ont vécu avant le Christ et ont cherché à étudier toutes choses, à réfuter l'erreur, à la lumière de la raison, ont été traduits devant les tribunaux comme coupables d'une curiosité impie. Au plus ferme de tous, à Socrate, est arrivé ce qui nous arrive à nous maintenant. Il avait dit qu'il n'est point facile de trouver le père et auteur de toutes choses, et, si on le trouve, pas sûr du tout de le prêcher à la masse. C'est pourtant ce qu'a su faire notre Christ. Personne n'a eu foi en Socrate au point d'accepter la mort pour soutenir ce qu'il a dit. Quant au Christ, au contraire, au Christ que Socrate a connu partiellement (car le Verbe a partout pénétré, lui qui a prédit l'avenir par les prophètes et en personne ayant revêtu notre nature, nous a instruit par le Christ), quant au Christ, dis-je, non seulement des philosophes et des hommes cultivés, mais des ouvriers, des ignorants ont cru en lui, ont bravé pour leur foi toutes menaces et la la mort elle-même : ce qu'opérait en eux, non les ressources de l'humaine raison, mais l'inénarrable puissance du Père. »