CHAPITRE VII
Selon la nature du tempérament qui joue un rôle si important dans les tendances, on peut s'attendre à des manières très diverses de présenter la foi, foi morale ou foi religieuse. Foi morale : système stoïcien ou épicurien, selon qu'on est plus ou moins désintéressé, épris d'idéal ou désireux de bonheur. Foi religieuse : système protestant ou catholique, selon que la croyance personnelle et active (== « pius afïectus » = confiance en Dieu = tendance au bien) est plus ou moins robuste, prédomine ou non sur le besoin d'une croyance en commun, ecclésiastique et passive.
Non pas que les protestants (nous allons le constater) n'aient admis une certaine foi ecclésiastique, ni les catholiques (nous l'avons vu) une certaine foi personnelle. C'est une question de proportions. Contre l'exagération de l'intervention ecclésiastique eut lieu la Réforme et sa réaction en faveur de la foi personnelle, de la foi-confiance, rapport direct de l'âme avec Dieu.
Luther et Calvin.
Laissons parler sur ces matières délicates un auteur pro-
testant : « Le but de saint Paul, dit le P'" ChasteP, en prêchant la justification par la foi sans les œuvres, n'était pas assurément de rassurer ses prosélytes sur leurs péchés présents, mais sur leurs transgressions passées qui leur faisaient regarder les expiations requises par la Loi juive comme étant encore nécessaires. Ce n'était pas non plus de leur faire espérer une sainteté qui se produirait en eux d'elle-même, mais une sanctification provenant d'une volonté fléchie par la confiance en la miséricorde de Dieu et à qui désormais l'obéissance deviendrait facile... C'était bien ainsi qu'au fond l'entendaient les réformateurs ; leur vie le disait assez. Mais l'avaient-ils suflîsamment expliqué dans leurs formulaires ? L'abus contre lequel saint Jacques s'était élevé ne menaçait-il point de décrier de nouveau la doctrine du salut par la foi ?
« Qui ne sait que pour le commun des hommes, de même que pour les enfants, il n'est pas de plus grand piège que l'espoir d'un pardon trop facile et que, dans chaque doctrine qu'on leur présente, ils prennent ce qui les tranquillise de préférence à ce qui les trouble? Leur dire : Croyez que vos péchés vous sont remis à cause de Jésus-Christ, et par cela même ils vous seront remis et les bonnes œuvres abonderont en vous, sans que vous y preniez peine, n'était-ce point risquer de détruire en eux tout sentiment de repentance, paralyser tout effort pour la régénération et transformer ainsi la foi en un opus operatum"^ plus commode encore que les pratiques romaines ?