Histoire du christianisme, t. IV, p
2. Opus operatum, c'est le fait même de la réception du sacrement qui confère la grâce si' l'on n'y met pas obstacle ; opus operanlis, ce sont les dispositions personnelles de celui qui reçoit le sacrement.
NOTION DE LA FOI CHEZ LES REFORMATEURS /Il3
« Luther ne craignit pas d'affronter ce danger. Dans la conférence de Ratisbonne tenue en i54i en vue de rapprocher les partis, on était convenu d'ajouter dans la formule du salut par la foi, que réclamaient les protestants, Tépithète de « vive et efficace ». Luther repoussa violemment cette addition, aussi bien que celle qu'on empruntait à saint Paul de foi « agissant par la charité ». « Ce serait, dit-il, (( admettre dans la justification un élément humain, par « conséquent imparfait. La seule foi qui justifie, c'est celle (( qui saisit la bonne nouvelle de la rémission des péchés par « Jésus-Christ; si la foi ne justifie pas sans la charité, elle (( ne sert de rien ».
« En médisant ainsi des œuvres, Luther fut entraîné à médire aussi de la Loi. « La Loi, dit-il dans un de ses ouvra- « ges, c'est une parole de perdition, une parole de tristesse, « de colère, un vrai labyrinthe. » Et ailleurs : « La Loi n'est « qu'une lettre morte et ne peut que tuer l'homme en lui « montrant ce qu'il devrait et ne peut faire... Nous ne vou- « Ions ni voir ni entendre Moïse qui n'a été donné qu'au (c peuple juif... La liberté chrétienne ne serait qu'une service tude, si la loicérémonielle seule était abolie. Il faut recon- ({ naître que le décalogue lui-même est abrogé. » Il allait « jusqu'à dire à Mélanchton : « Sois pécheur et pèche forte- (( ment, mais aie encore plus ferme confiance et réjouis-toi (( en Christ. Il faut pécher pendant que nous sommes icice bas * . »
Certains disciples outrèrent encore ces formules para-
I. C'est un paradoxe évidemment, et un paradoxe pessimiste. D'après la théorie luthérienne, la nature humaine est complètement corrompue par le péché. Il faut pécher équivaut donc à : il faut vivre. Notre seule ressource est de nous réfug-ier avec un élan toujours plus grand entre les bras du Père miséricordieux, et le bien sort ainsi du mal.
Hébert, 8
ii4 l'évolution de la foi catholique
doxales. L'un d'eux, Amsdorf, combattant Major, surintendant à Mansfeld, qui avait rétabli la doctrine de la nécessité des bonnes œuvres, du moins comme ordonnées de Dieu et fruits de la foi justifiante, ce ne craignit pas de soutenir que « les bonnes œuvres sont un obstacle au » salut» et, quelques reproches qu'on lui en fît, ne voulut pas démordre de cette maxime ^ »
Calvin ne tomba point dans ces exagérations de langage. Mais tout en admettant une foi historique, portant sur les faits de l'histoire religieuse, une foi des miracles, une foi des promesses, il considéra toujours la foi proprement dite comme un acte de confiance, un élan vers le Christ comme vers un refuge, un acte d'abandon et d'union à lui. Tout cela, c'est de la vie mystique; pas de formules abstraites.
Nous trouvons une belle exposition des idées de Calvin sur la foi dans le 2® chapitre du Livre III de V Institution chrétienne :
Il proteste d'abord contre la conception ecclésiastique de la foi : « Est-ce là croire de ne rien entendre, moyennant qu'on soumette son sens à l'Eglise ? Certes, la foi ne gist point en ignorance, mais en connaissance : et icelle nonseulement de Dieu, mais aussi de sa volonté. Car nous n'obtenons point salut à cause que nous soyons prêts à recevoir pour vray tout ce que l'Eglise aura déterminé ou pour ce que nous luy remettions la charge d'enquérir et de connaître ; mais en tant que nous cognoissions Dieu nous être Père bien veuillant, pour la réconciliation qui a été faiste en Christ et pour ce que nous recevons Christ comme à nous donné en iustice, sanctification et vie. C'est par cette