‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 82 sur 164 · Chap. VII, no^ I · texte numérisé non relu

Chap. VII, no^ I

Ii6 l'évolution de la foi catholique

l'Eglise. Il s'empresse de remarquer (2® chap., liv. III, § 8) que (( l'assentement que nous donnons à Dieu est au cœur plustost qu'au cerveau, et d'affection plutôt que d'intelligence », que c'est en réalité plus une a certitude » qu'une « appréhension » et connaissance (§ i4) ; certitude, par suite des promesses de Dieu, qu'il nous est « Père propice et bien veuillant », d'où naît la confiance, la paix (§ i5 et 16).

Et dans le dernier paragraphe de ce chapitre, il conclut : « Nous avons clairement montré que la foy a pour son but unique la miséricorde de Dieu et que du tout elle s'y arreste, ne regardant nullement ailleurs. »

Nous sommes loin de la foi avant tout et par-dessus tout dogmatique ^àe l'orthodoxie abstraite et d'ordre théorique!

Le concile de Trente.

Ce n'est pas que Jes Réformateurs eussent rejeté tout dogme et toute croyance dogmatique. « Nous ne nions pas, disait Calvin, que l'office de la foy ne soit de donner consentement à la vérité de Dieu, toutes fois et quantes qu'il parle et quoy qu'il dise et en quelque manière que ce soit, mais nous cherchons à présent que c'est que la foy trouve en icelle parolle pour s'appuyer et reposer (= la bonne volonté de Dieu envers nous) \ »

Mais l'enseignement dogmatique de l'Eglise se trouvait de la sorte ou nié ou rejeté au dernier plan. C'est donc la

ïo\-croyance que, sans contester d'ailleurs la vérité de la ïo\-confiance, le Concile de Trente voulut mettre en relief.

Dans sa troisième session, le 4 février i546, les Pères du Concile sont exhortés, pour livrer bataille contre les ennemis spirituels, à prendre en main « le bouclier de la foi » et ce bouclier, c'est la profession de foi dogmatique connue sous le nom de symbole de Constantinople (celui que l'on chante à la grand' messe). A la session sixième, le i3 janvier i547, ^^^ Pères exposent la doctrine de la justification] contrairement à ce que prétendaient les réformateurs qui attribuaient à l'âme un rôle passif sous l'action de la grâce divine, ils enseignent que l'homme doit se préparer, se disposer à la justification. La première préparation c'est la foi, mais une foi qui n'est pas de pure confiance (foi qu'ils admettent, d'ailleurs^), une foi par laquelle on « croit vrai ce qui a été divinement révélé et promis. »

A côté des promesses, il y a donc des vérités théoriques qui ne sont pas a espérer, mais à croire; toutefois, les Pères semblent plus préoccupés de maintenir, à côté des espérances, les commandements à observer : « Si quelqu'un dit que l'homme justifié, si parfait soit-il, n'est pas tenu à l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise, mais seulement à croire, comme si l'Evangile était une pure et simple promesse de la vie éternelle sans la condition (présupposée) de l'obéissance aux commandements, qu'il soit anathème. » Et encore : « Si quelqu'un dit que le Christ Jésus a été donné par Dieu aux hommes comme un Rédempteur à qui ils se fient (se confient), et non pas

I. « Fidentes Deum sibi propter Christum propitium fore. » Mais c'est plutôt d'après eux de 1' « espérance » que de la foi.

Il8 L^ÉVOLUTION DE LA FOI CATHOLIQUE

aussi comme un législateur à qui ils obéissent, qu'il soit anathème \ »

Ce qu'ils condamnent, c'est que la foi ne soit que la foi de confiance : « Si quelqu'un dit que la foi qui justifie n'est pas autre chose que la confiance en la divine miséricorde remettant les péchés à cause du Christ, ou que c'est par cette confiance seule que nous sommes justifiés, qu'il soit anathème^. » Le Concile — prenant la foi dans le sens analytique (restreint à la croyance) et non dans le sens synthétique des réformateurs où elle renferme implicitement toute la vie chrétienne, comme un bouton renferme la fleur et le fruit — le Concile, dis-je, exige encore et l'espérance, et la charité qui anime la foi et lui fait produire de bonnes œuvres; il exige aussi l'emploi des Sacrements, l'intervention de l'Eglise. Il eut certainement raison, en interprétant la doctrine de saint Paul qui a si admirablement parlé de « la foi agissante par la charité"^ », de ne pas confondre ces œuvres de la foi avec les « œuvres de la Loi (juive) » que rejette l'Apôtre; mais lorsqu'il prétend* que la foi nous justifie en ce sens qu'elle est a le commencement du salut, le fondement et la racine de toute justification », il diminue certainement la pensée de l'Apôtre qui prenait le terme de foi non dans un sens scolastique et dogmatique, mais dans son sens humain et ès>angélique^ la confiance de l'enfant prodigue qui se jette aux genoux Ou dans les bras de son père. Mais nous n'avons pas à traiter ici la question de la justification, ni cette opinion des réformateurs que

Page 1