Chap. VIII de la Vie session
l'homme peut et doit être certain de sa justification personnelle et y croire comme de foi* ; il nous suffit de constater que le Concile de Trente a maintenu l'interprétation ecclésiastique de la foi ; nous étudierons bientôt les développements, précisions et compléments apportés à cette affirmation par le Concile du Vatican.
Épisode de la lutte entre catholiques et protestants : La conférence de Claude et de Bossuet.
La célèbre conférence entre Bossuet, alors évêque de Condom et précepteur du Dauphin, et le ministre protestant Claude^ et qui eut comme résultat la conversion de M^*° de Duras, nièce de Turenne ^, eut lieu le premier jour de mars 1678*. Le grand intérêt qu'elle présente, au point de vue spécial qui nous occupe : les rapports de la raison et de la foi, résulte de ce qu'elle nous ouvre deux consciences
1. Ghap. IX de la VI^ session du Concile de Trente et canons XIV, XV,
2. Né en 1619, à la Sauvetat, dans l'Agénois, ministre en i645, d'abord à Nîmes, puis à Gharenton (1668) ; exilé en Hollande, à la révocation de l'édit de Nantes, mourut à La Haye en 1687.
3. Turenne avait abjuré le protestantisme en 1668. Sa sœur, Elisabeth de la Tour d'Auvergne, veuve en i685 du seigneur de Duras, demeura protestante. Deux de ses fils et deux de ses filles, dont Marie de Duras, dame d'atour de la duchesse d'Orléans, se convertirent.
4. La conférence et les réflexions de Bossuet se trouvent dans le tomeXHI de l'édition Vives 5 la rédaction de Claude, dans sa Réponse au livre de M. l'évêque de Meaux intitulé Conférence avec M. Claude. Gharenton, i683. La conférence eut lieu chez M'^^^ la comtesse de Roye. Y assistaient la maréchale de Lorge (seule catholique), la comtesse de Roye, M"^*^ de Duras, M'I^ de Roucy, M. le marquis de Mireinont et M. Cotton. '
I20 l'évolution de la foi catholique
également éclairées et sincères, placées l'une et l'autre aux deux points de vue opposés, ignorant l'une et l'autre la conciliation possible de leurs affirmations divergentes et nous permettant de comprendre parfaitement l'état d'âme d'un catholique et d'un protestant de cette époque. Le catholique s'y montre uniquement autoritaire et voudrait rejeter l'intervention de la raison ; le protestant a peur de l'individualisme (de 1' « indépendantisme », comme ils disent) et est encore embarrassé dans un vain simulacre d'autorité ecclésiastique; ce ne sont donc pas les types francs que nous connaissons de nos jours, ce sont des types de transition et ie sont précisément leurs hésitations et, disons-le, leurs maladresses, qui seront pour nous des plus instructives.
Toute la première partie de la conférence est en dehors de notre sujet : elle roule sur la vraie notion que l'on doit se faire de l'autorité religieuse ; doit-elle être infaillible avec (( obligation de s'y soumettre sans examiney:* », ou bien n'est-ce qu'un secours accordé par la Providence, comme l'autorité du père à l'enfant, du maître au disciple, du magistrat au citoyen \ pour l'aider h mieux comprendre l'infaillible parole de Dieu, mais qui suppose toujours un contrôle de la part du croyant ? Nous n'avons pas à discuter la chose, mais nous devons l'indiquer, car elle nous explique la question posée au début de la seconde partie par Bossuet au ministre :
« Je demandai si un fidèle qui recevait la première fois des mains de l'Eglise l'Ecriture sainte, était obligé à douter, et ensuite à examiner si le livre qu'elle lui mettait en main
I. Ce passage, trop abrégé par Bossuet, doit être lu dans Claude, p. Sgg à 4oi. Cf. Note VI à la fin du volume.
était véritablement inspiré de Dieu ou non. Si ce fidèle examine et doute, il renonce à la foi et il commence la lecture de l'Evangile par un acte d'infidélité ; et s'il ne doute pas, il reçoit donc sans examiner l'autorité de l'Église qui lui présente l'Evangile. A cela, voici la réponse de M. Claude: Le fidèle que vous supposez qui n'a pas lu l'Ecriture sainte, et à qui on la met en main, à proprement parler, ne doute pas, il ignore : il ne sait ce que c'est que cette Ecriture qu'on lui dit inspirée de Dieu. Il a ouï dire à son père et à ceux qui l'ont instruit qu'elle était divinement inspirée ; il ne connaît encore d'autre autorité que celle-là ; et pour ce qui est de l'Ecriture, il ne sait ce que c'est. Ainsi on ne peut pas dire qu'il soit infidèle ni incrédule. Et je vous prie. Monsieur, dit-il, que je vous fasse sur l'Eglise le même argument que vous me faites sur l'Ecriture. Le fidèle à qui on propose l'autorité de l'Eglise, ou il la croit sans examiner, ou il en doute. S'il doute, il est infidèle ; s'il ne doute pas, par quelle autre autorité est-il assuré ? L'autorité de l'Eglise, est-ce une chose évidente par elle-même et ne faut-il pas la trouver par quelque examen? Voilà votre difficulté que vous avez à résoudre aussi bien que moi : ou quittons-la tous deux, ou la résolvons tous deux ensemble. Je vous déclare pour moi que je répondrai pour l'Ecriture ce que vous me répondrez pour l'Eglise \ »
Bossuet se tira de la difficulté en profitant du mot catéchumènes prononcé à tort par son adversaire et lui demanda s'il admettait que les enfants reçussent de l'Esprit saint au baptême la « foi infuse », c'est-à-dire une disposition à croire. Claude l'accordant: « Eh bien donc! reprit Bossuet,