Cf. Claude, p. 434 et suiv., p
le sein de la vraie Eglise, c'est que Dieu lui ait donné une telle autorité, qu'on croit d'abord ce qu'elle propose, et que la foi précède ou plutôt exclut l'examen^ )), « Tusage de la raison, » dit-il quelques lignes plus haut. C'est en toutes lettres la proposition fidéiste condamnée depuis par l'Église, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. Que l'on se reporte d'ailleurs à la Sixième réflexion^ : ce n'est pas seulement l'intervention de la raison sous forme de critique historique ((( savoir si l'Evangile est une vérité ou une fable ^ ») qu'il rejette, c'est son intervention sous forme de recherche philosophique: (c S'il fallait toujours examiner avant que de croire, il faudrait commencer par examiner si Dieu est, et écouter durant quelque temps avec une espèce de suspension d'esprit, les raisonnements des impies, c'està-dire qu'il faudrait passer à la croyance de la Divinité par l'athéisme, puisque l'examen et le doute en est une espèce. Mais non : Dieu a mis sa marque dans le monde, qui est l'œuvre de ses mains et par cette marque divine il imprime avant tous les doutes le sentiment de la Divinité dans les âmes. De même il a mis sa marque dans son Eglise, ouvrage le plus parfait de sa sagesse. A cette marque le Saint-Esprit fait reconnaître la vraie Eglise aux enfants de Dieu et ce caractère si particulier qui la distingue de toute autre assemblée lui donne une si grande autorité, qu'avant tous les doutes et toutes les opinions, on admet sans hésiter sur sa parole, non seulement l'Ecriture sainte, mais encore toute la saine doctrine. »
Claude dira de même que lorsque l'enfant a lu lui-même
l'Écriture, « il en a senti l'efficace, il en a senti lui-même immédiatement la divinité^ » ; il affirmera que ce système qui consiste à instruire l'enfant « par les objets mêmes ^ » est bien supérieur au système catholique d'autorité.
Une fois encore, question de tempéraments et d'habitudes. Bossuet et Claude sont en plein mysticisme, non pas un mysticisme « enthousiaste » et sans règle, puisqu'ils admettent quand même quelque élément objectif: l'Église, la Bible ; mais tout l'essentiel est intérieur, psychologique, individuel, et dès lors toute discussion est inutile.
Je n'attaque pas, en lui-même ce mysticisme, mais je conteste qu'il ait le droit de s'attacher à aucune forme exclusive. C'est ce qu'avait très bien compris le ministre Claude lorsqu'il répondait à Bossuet que par ses arguments, il ferait « conclure chacun en faveur de son Eglise. Les Grecs, les Arméniens, les Ethiopiens, nous-même que vous croyez dans l'erreur, nous sommes néanmoins baptisés ; nous avons par le baptême et le Saint-Esprit et cette foi infuse dont vous venez de parler. Chacun de nous a reçu l'Ecriture sainte de l'Eglise où il a été baptisé : chacun la croit la vraie Eglise énoncée dans le Symbole : et dans les commencements, on n'en connaît même pas d'autre. Que si, comme nous avons reçu sans examiner l'Ecriture sainte de la main de cette Église où nous sommes, il nous en faut aussi, comme vous dites, recevoir à Paveugle toutes les interprétations, c'est un argument pour conclure que chacun doit demeurer comme il est et que toute religion est bonne. »
« C'était, ajoute Bossuet, ce qui se pouvait objecter de plus fort ; et quoi que la solution de ce doute me parût