‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 87 sur 164 · Claude j p · texte numérisé non relu

Claude j p

claire, j'étais en peine comment je pourrais la rendre claire à ceux qui m'écoutaient. Je ne parlais qu'en tremblant, voyant qu'il s'agissait du salut d'une àme^ »

La réponse de Bossuet, fondée sur la théorie théologique du baptême, de la « foi infuse », du Saint-Esprit, etc., suppose déjà le problème résolu, c'est-à-dire la foi au Saint- Esprit, au baptême ; ce qui constitue, il est vrai, un argument ad hominem, à l'égard de Claude, mais une pétition de principe à l'égard de ceux qui ne sont pas croyants. Et si Bossuet est, à bon droit, préoccupé du salut d'une seule âme, que n'a-t-il réfléchi qu'un secours s'adressant à une partie si restreinte de l'Humanité et ne réussissant pas à atteindre des milliards et des milliards d'êtres, ne saurait être la réponse providentielle à un besoin de tous et de chacun ? Ou alors il faut concevoir d'une tout autre manière et la Providence et le secours, et l'on est logiquement amené, comme Claude l'objectait, à conclure que (( toute religion est bonne », dans la mesure où la fonction religieuse a réussi à créer son organe. Quant à démêler ce que chacune renferme de moins bon ou de meilleur, cela certes réclame l'intervention de l'intelligence et cet « examen » que Claude acceptait et que Bossuet repoussait avec horreur.

Quoi qu'il en soit du mérite respectif des deux champions, cette controverse a eu l'avantage de mettre en lumière le point précis du débat. Nous allons voir (dans le chapitre suivant) l'Ecole traditionaliste soutenir énergiquement l'idée d'Augustin et de Bossuet; mais une autre Ecole aura la préoccupation d'éviter le « cercle vicieux » ou la « pé-

ti-tion de principe )), et de défendre la théorie scolastique des « préambules » nécessaires de la foi\ C'est à elle que l'Eglise qui s'affirme, non comme un secours providentiel naturel, mais comme un secours surnaturel qui doit être légitimé, justifié par des titres extérieurs, objectifs, historiques, donnera définitivement raison. Elle reconnaîtra donc la nécessité d'un minimum d'examen privé, comprenant d'une part un minimum de réflexion philosophique nécessaire pour prouver l'existence de Dieu, celle de l'âme, et un minimum de critique historique nécessaire pour démontrer que l'Eglise, en tant que société d'hommes, a des raisons humaines à fournir de l'authenticité et véracité des Livres saints sur lesquels s'appuient ses prétentions. Tout le temps que ce minimum sera considéré comme rigoureusement vrai et indiscutable, la foi ecclésiastique et dogmatique se prétendra la seule légitime et salutaire, mais du jour où ce minimum lui-même sera contesté, compromis, ou surtout détruit, que deviendra l'édifice ? En tous cas, cette ruine ne saurait atteindre le « pius afFectus », le « sentiment religieux », la fonction religieuse elle-même ; nous le dirons ci-après.

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