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CHAPITRE VIII

LE FIDEISiME AVANT LE CONCILE DU VATICAN

On donne parfois * le nom de fidéisme à la doctrine de la justification par la seule foi, dont nous avons parlé au commencement du dernier chapitre. Ce n'est pas en ce sens que nous emploierons le terme.

Cette première acception écartée, nous nous trouvons en face d'un nombre assez considérable de systèmes où la foi ( fides) ioue un rôle tellement important qu'elle leur a donné son nom : fidéisme.

Mais il faut distinguer d'abord ceux qui, par foî entendent, non la foi chrétienne, mais la foi morale (Kant), ou bien la foi au supra-sensible (Jacobi), ou encore la foi au témoignage de l'Humanité (de Bonald ; Lamennais). C'est ce que l'on peut appeler le /?:6/é/5/;zeû?e la foi naturelle ou fidéisme philosophique . La tendance actuelle que nous croyons juste, est de considérer le sens moral et le sens métaphysique comme des formes de l'expérience interne, d'une expérience interne plus réfléchie, plus profonde que l'expérience psychologique ordinaire : or un fait donné par l'expérience, qu'elle soit intérieure ou extérieure, n'est pas un objet de foi. Néanmoins,

I. Par exemple, A. Sabalier : Les veliijions d'aulorUé ci la rehyion de l'esprit, p. 5i6.

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cette forme d'expérience agit tout autrement sur Timagination et le cœur que l'expérience des sens; elle nous amène presque invinciblement à formuler des hypothèses sur la nature de ce mystérieux au delà ; cette adjonction de l'émotivité et de l'imagination créatrice nous met dans une situation tout à fait analogue à celle où nous nous trouvons dans le cas spécial de la foi religieuse ; on comprend donc l'emploi de ce moi foi par Kant et par Jacobi. Le tout est d'être averti.

Il y a, en second lieu, le fidéisme de la foi surnaturelle ou fidéisme théologique. Le terme fides correspond alors à la foi surnaturelle, à la foi chrétienne. Il consiste à dire que la foi se prouve par elle-même, qu'elle sent sa propre vérité, sans qu'il soit besoin de faire intervenir d'abord la raison, c'està-dire ici l'intelligence avec ses preuves philosophiques (existence de Dieu, par exemple) ou historiques (authenticité et véracité des Livres saints) : « La foi précède ou plutôt exclut l'examen », comme dit Bossuet \

Le fidéisme est plus ou moins mitigé selon que l'on prononce un jugement plus ou moins sévère relativement à la valeur de nos facultés naturelles. Montaigne sous ce rapport est absolument sceptique; Pascal, Bossuet et l'évêque d'Avranches, Huet ^, prohabilistes ; d'autres, sans insister sur ces critiques et distinctions, se bornent à dire comme Schleiermacher : La foi et la vie chrétienne, comme toutes formes de vie belles et bonnes, ont leur évidence immanente, intrinsèque, qui ne vient pas des motifs extérieurs fournis par l'intelligence, mais fait toute la valeur de ces motifs.

1. Quatrième réflexion sur l'écrit de M. Claude. C'est 1' « usage de la raison », le rationis usus réclamé aujourd'hui par les théolog-iens avant l'acte de foi, que rejette ici Bossuet.

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