Voir Note VIII à la fin du volume
LE FIDÉISME AVANT LE CONCILE DU VATICAN t3i
Tous ces points de vue naturel et surnaturel, philosopliique et théologique, s'enchevêtrent et se compénètrent dans les divers auteurs dont nous allons parler ; force nous est de prendre et d'examiner les théories dans leur état plus ou moins grand de confusion — sauf h retrouver plus tard les distinctions que nous venons d'établir ^
Le FIDÉISME EN FrANCE.
Le xvii^ siècle ne fut pas tendre pour la nature humaine. Jansénius reprit sous une forme mitigée les exagérations des réformés; d'après ces derniers, le péché originel a entraîné, non l'affaiblissement, comme dit la doctrine orthodoxe, mais la ruine absolue de la raison et de la liberté. Par lui-même, sans la grâce de Dieu, l'homme ne peut que tomber dans l'erreur et le mal. C'est l'honneur de l'Eglise catholique d'avoir rejeté des doctrines qui, en apparence, lui étaient si favorables, et d'avoir maintenu les droits de la nature humaine ^ .
1. Autre source d'équivoque, l'emploi du mot raison en diverses acceptions : a) celle d'intellig^ence humaine en général ', h) celle de raisonnement déductif et inductif, raisonnement philosophique et critique historique ; c) celle de faculté des formes et principes a priori : raison théorique (de Kant) et raison pratique = conscience morale ; d) celle enfin, que nous préférons, de sens de l'absolu, du parfait, de l'idéal.. Le sens religieux n'en est qu'une application plus ou moins anthropomorphique, selon les tempéraments. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.
2. (.(. Liberum arbitrium, sine gratiae Dei adjutorio, nonnisi ad peccandum valet. )) 27*^ propos., condamnée par Pie V, de Baïus, maître de Jansénius.
« Omnxs cognitio Dei etiam naturalis, etlam in philosophis ethnicis, non potest venire nisi a Deo : et sine gratia non producit nisi prœsumptionem, vanitatem et oppositionem ad ipsum Deum loco affectuum adorationis, gratitudinis et amoris. » 4i® prop. de Quesnel condamnée par Clément XI.
l32 L ÉVOLUTION DE LA FOI CATHOLIQUE
Après avoir constaté dans notre grand Pascal les traces de ce pessimisme, nous étudierons le fidéisme tel qu'il reparut en France au xix® siècle, dans l'école traditionaliste, fondé sur des raisons d'observation pratique, d'expérience sociale, puis en Allemagne, sur des raisons d'ordre plutôt philosophique.
A. — Pascal.
On a fait de Pascal un sceptique qui dénie toute valeur à la raison, un fidéiste qui voit dans la foi chrétienne, catholique, notre unique règle de certitude.
Non, Pascal n'est pas sceptique, pyrrhonien ; s'il connaît le « fort » du pyrrhonisme, à savoir « que nous n'avons aucune certitude de la vérité des principes, sinon en ce que nous les sentons naturellement en nous », et que nous sommes ainsi dans a une impuissance de prouver invincible à tout le dogmatisme », il en sait aussi le faible, à savoir que « nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme ^ ».
Sans doute, Pascal, avec son amour du paradoxe et son idéal de certitude géométrique où tout se définirait et se prouverait^, ne craint pas de dire que, « hors la foi et la révélation, ce « sentiment naturel » que nous possédons de la vérité des premiers principes, n'est pas une preuve convaincante de la vérité » ; sans doute il renouyellera à ce propos les hypothèses plus amusantes que terrifiantes de Descartes, le malin démon et le : « Qui sait si cette autre
1. Pensées, article VIII. Edition Havet. — Pascal vécnt de 1628 à 1662.