VIII INTRODUCTION
immobile, résistant aux ébranlements, aux lents glissements, aux brusques ruptures d'équilibre qui entraînent les autres classes? Ceux qui jugent ainsi ne sont-ils par les victimes d'une erreur d'optique? Les voyageurs de l'automobile peuvent se figurer que le char à bœufs qu'ils viennent de couvrir de poussière et de fumée était arrêté au bord de la grand'route ; c'est qu'ils n'ont pas eu le temps, pour juger de sa marche, de prendre des points de repère et de voir l'aiguillon dans la main du paysan. Le temps n'a pas la même mesure à la ville et aux champs. Habitués à l'agitation, la lenteur paysanne nous l'appelons immobilité.
Les transformations de nos villes nous éblouissent. Parce qu'elles nous présentent, confondues dans la même trépidation, les images du luxe et de la misère, les conflits violents des patrons et des ouvriers, les luttes des partis, le déclin d'institutions traditionnelles, les progrès d'organisations nouvelles, parce qu'elles exercent une force d'attraction que l'on voit grandir chaque jour, nous avons l'illusion qu'elles contiennent presque toute la vie de la nation. Cette illusion est entretenue ])ar notre ignorance des choses de la terre. Pour en parler, nous nous servons encore, malgré leur usure, de formules vieillies. « L'individualisme farouche du petit propriétaire », « le paysan victime de la routine », « la paix des campagnes », ce