‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 35 sur 63 · I.'ÉVOLUTION HE I.A FHANCK AGKICOLK. il · texte numérisé non relu

I.'ÉVOLUTION HE I.A FHANCK AGKICOLK. il

nelle peuvent être organisés commercialement avec une production irrégulière. On est arrivé à maintenir dans quelques régions l'industrie traditionnelle de la dentelle à la main. Quelques paysannes, tout en gardant leurs vaches, confectionnent des passementeries pour les grands magasins. Les paysans des environs de Thiers travaillent chez eux à la fabrication des lames et des manches de couteaux. On pourrait, sans doute, étendre davantage dans les campagnes un travail à domicile, qui n'aurait pas tous les inconvénients du sweating-system, puisqu'il aurait nettement le caractère d'.un travail supplémentaire et d'un salaire d'appoint pendant la mauvaise saison. Mais tout cela est si peu de chose. Les bonnes œuvres patronales, participation aux bénéfices, caisses de secours pour les malades, les femmes en couches et les vieillards, toutes ces gratifications bénévoles n'auraient pas beaucoup plus d'efficacité. Comme toutes les œuvres charitables, elles font plus de bien à ceux (jui donnent qu'à ceux qui reçoivent.

Ce n'est pas de ces procédés artificiels que nous de vous attendre u n grand changement dans la situation des petits paysans et des ouvriers. Il n'y a pas là de quoi provoquer ce retour à la terre que l'on désire et que M. Méline nous annonce, môme comme prochain. Le retour à la terre! Où en trouverons-nous les signes précurseurs? M. Vanderveldc dans son livre sur VExode rural et le retour aux champs signale la tendance de la grande industrie à se décentraliser, à remonter vers les cours d'eau f[ui lui donneront la

force motrice. Peut-être, en effet, aurons-nous ainsi des ouvriers d'usine qui seront presque des ruraux; mais cela ne nous rendra pas des agriculteurs, au contraire. C'est une autre question. Pour rester dans notre sujet d'étude nous pouvons noter que quelques émigrés auvergnats reviennent volontiers au pays quand ils ont fait fortune dans le commerce, noter encore que l'on voit, parfois, quelques ouvriers prendre possession du champ paternel quand l'héritage leur en échoit au moment où vieillis, usés, ils commencent à avoir de la peine à s'embaucher régulièrement. Pauvres recrues pour l'agriculture! Faudra-t-il signaler aussi la présence dans nos campagnes de quelques interdits de séjour que les tribunaux ont chassés de la ville? Et, enfin, devons-nous compter avec les placements que l'Assistance publique fait de ses pupilles chez les campagnards? En effet, cela n'est pas négligeable. Il y a des villages qui vivent presque de cette nouvelle industrie agricole : l'élevage des enfants abandonnés. A la fin de 1908, l'Assistance publi({ue entretenait 243000 enfants assistés; il y a trente ans, leur nombre nedépassait pas 100000. C'est le retourà la terre des retraités, des invalides et des petits bûtards. Que faut-il donc faire? Si nous devions — après tant d'autres — proposer notre avis, nous dirions que le problème ne comporte pas tant de solutions. Les causes morales dont nous n'avons pas négligé de marquer l'importance ne sont après tout que secondaires, ou bien, ce qui est une autre fagon de s'exprimer, on ne peut agir sur elles qu'en transformant les conditions économiques. Les progrès techni({ues vulgarisés par l'enseignement, répandus dans la petite culture par l'association, l'organisation de la

vente en commun pour lutter contre les bénéfices excessifs des intermédiaires, la sécurité apportée par les assurances contre les risques de toute nature, mortalité du bétail, grêle, incendie, l'institution de retraites pour les vieillards retiendraient au sol les petits propriétaires. Surtout il faudrait leur apprendre à se spécialiser dans ces cultures où un climat favorable, un travail minutieux, leur permettraient d'exceller. Il n'est ni chimérique, ni imprudent de fonder sur cette transformation de la petite culture les plus heureuses espérances. Le paysan enfin retenu sur sa terre par un métier plus facile, plus attrayant et mieux rémunéré, voilà bien la conséquence que Ton peut en attendre. Quant aux ouvriers, il n'est qu'un moyen d'améliorer leur sort et, par conséquent, de les retenir, c'est de leur assurer un travail régulier. L'agriculture ne le peut pas à elle seule. Mais elle y parviendrait si elle s'associait à l'industrie. Si l'on créait à côté des bâtiments de la ferme des entreprises de transformation des produits, distilleries, féculeries, fromageries, etc., des manufaclures diverses, briquotleries, fabriques d'embaHages, travaillant seulement pendant les périodes de chômage agricole, les ouvriers ne s'en iraient plus. Leur salaire les fixerait. Mais cela n'est réalisable que dans de très grandes et riches exploitations. De sorte qu'en définitive le vrai moyen de retenir à la terre les paysans et les ouvriers ruraux, ce serait d'accroître l'intensité de la production agricole, de l'industrialiser plus encore; ce serait de la spécialiser davantage et d'autre part de ramener à l'agriculture les grands propriétaires et leurs capitaux. Ce sont eux qui sont partis les premiers. Donneront-ils le signal du retour?

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