‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 50 sur 63 · Rapport au Congrès de Toulouse, p · texte numérisé non relu

Rapport au Congrès de Toulouse, p

renconlr('' que des paysans affamés, exténués et ruinés; les petits propriétaires sont « des sousliommes », les salariés « un bétail humain ». Etait-il vraiment nécessaire pour compenser Toptimisme officiel de recourir à de telles exagérations? Mais ici il importe de citer textuellement, même si la citation est longue, car Texpression donnée à la critique socialiste est à retenir.

Après avoir rappelé que la grande propriété sera socialisée, M. Compère-Morel ajoute :

« Maintenant, nous avons les fermiers et, parmi ceux-ci, les fermiers capitalistes qui sont des exploitants au même titre que les grands propriétaires, puisqu'ils ont à leur service des ouvriers qu'ils pressurent d'une façon éhontée. Mais à côté, nous avons le petit fermier : celui-là est un homme que nous devons défendre. C'est un ouvrier. Il loue son instrument de travail, et quand il en a payé la location, souvent il ne lui reste pas de quoi se nourrir.

u Quant aux métayers, c'est le parti des rançonnés par excellence.... Non seulement ils donnent souvent la moitié de leur production, mais ils sont encore obligés d'aller aider le patron quand celui-ci le désire, et le jour qu'il désire. Ce sont les corvées seigneuriales qui existent encore, et un jour de pleine récolte, quand on est poussé par la température, il faut tout lâcher pour aller travailler sur la terre du maître. Et à côté de cela, ce sont de nombreux kilos de beurre à fournir, des douzaines d'œufs, des paires de volailles, à tout propos et hors de propos.

« ... A côté de ces fermiers, de ces métayers, nous avons les petits et les moyens propriétaires. Il est certain que dans notre propagande nous devons dire

la vérité, toute la vérité, et ne rien cacher de notre idéal. Mais il n'en est pas moins vrai que nous sommes assez gênés quand on nous parle du moyen propriétaire qui a encore deux ou trois ouvriers, et qui peine avec eux, n'hésitant pas à travailler manuellement, tout en donnant un effort intellectuel pour diriger l'exploitation.

« Assurément, nous ne pouvons pas dire que ces gens-là ne vivent que du produit de leur propre travail, puisque les deux ou trois salariés qu'ils occupent leur fournissent une somme de travail sans en toucher le produit intégral. Mais cette catégorie de moyens propriétaires diminue de plus en plus. En tous cas, nous pouvons dire à ces camarades que nous ferons pour eux tout ce que nous faisons pour le petit artisan, que nous chercherons à les préserver contre les charges excessives qui peuvent les atteindre, que nous nous efforcerons de les détaxer, de diminuer leurs impôts, comme cela est arrivé (pour une bien faible part), grûce à l'impôt sur le revenu, tout en faisant les réserves voulues sur ces panacées inefficaces malgré tout.

u ... Il nous reste alors les petits propriétaires. Ces petits propriétaires sont pour nous des hommes semblables aux travailleurs de l'usine... des ouvriers dans toute l'acception du mot. Je dirai même des sous-ouvriers.

«... Oui, les paysans petits propriétaires vivent certainement moins bien qu'un ouvrier payé 5 francs par jour à la ville. Et j'ai vu des paysans ayant de petites propriétés et nous disant eux-mêmes : « Nous avons sur le dos des habits de velours usés et élimés, portés depuis sept ou huit ans, sur la tête des cas-

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quelles que nous n'avons pas remplacées depuis dix ans, aux pieds des souliers ou des sabots qui durent des années, et nous ne pouvons les remplacer parce que nous ne gagnons pas assez et ne possédons pas les moyens d'achat que les ouvriers des villes possèdent ! » Et s'il y a hostilité entre le paysan et l'ouvrier de la ville, c'est parce que le paysan comprend de plus en plus qu'il n'a pas les satisfactions matérielles et intellectuelles de l'ouvrier urbain et qu'il est un sous-homme dans toute l'acception du mot.

«... Il se lève à quatre heures du matin, finit sa journée à neuf ou dix heures du soir, et nous avons entendu dans les belles nuits d'été, quand la lune brillait, des cultivateurs fauchant, travaillant sans relâche jusqu'à l'aube, faisant vingt-quatre heures de travail sur vingt-quatre! I !

« S'ils arrivent à se défendre contre la concentration capitaliste, c'est donc par des moyens artificiels, et je dis que s'user petit à petit par le travail, se suicider petit à petit par un surcroît de labeur comme ils le font, ce n'est pas vivre d'une vie normale. Aussi quand M. Ruau dit que le petit propriétaire peut arriver à lutter contre la grande exploitation agricole, c'est la plus grande inexactitude, puisque s'il arrive à lutter contre la grande exploitation, c'est parce qu'il se tue à la peine, parce qu'il meurt lentement, heure par heure, minute par minute. Voilà la vérité.

<( Restent maintenant les salariés, mais ils sont divisés en deux catégories bien distinctes. Nous avons d'abord les ouvriers de la ferme qui vivent en dehors de celle-ci, qui ont leur maisonnette et ce petit coin de terre dont parlait M. Ruau, et sur lequel

ils travaillent trente à quarante jours. Cette catégorie, c'est Télément sain du monde paysan, et où nous trouverons des recrues.

« Mais Tautre, c'est la domesticité asservie, ce sont les bouviers, les hommes de cour, les bergers et les vachers qui sont attachés à la ferme comme le chien à sa niche, et ceux-là, il est regrettable de le dire, ont une triste mentalité, leur niveau mental est profondément bas.

« Tous les éléments les plus sains se sont libérés du joug de la domesticité. Ceux-ci qui restent sont de pauvres gens incapables d'aucune jouissance intellectuelle, abreuvés d'ignorance et d'alcool, condamnés à aller de Téglise au cabaret et du cabaret à Téglise!

« Nous avons bien des fois essayé d'attirer à nos idées les domestiques de la ferme, mais quels spectacles pénibles cela a été pour nous! Des camarades sont allés vers eux au moment des louées, des foiresdu travail, se disant : En allant faire des tournées de propagande dans ces milieux où tous ces bouviers,, ces vachers, ces bergers viennent se louer, nous pourrions leur exposer nos doctrines. Eh! bien,, camarades, chaque fois que nous avons vu deslouées, c'était l'alcool coulant à pleins verres, c'étaient des hommes ivres tombant sur les bancs, injuriant, insultant. De ces hommes, l'exploitation capitalisteen a fait du bétail humain ^ ».

La propagande socialiste devra tenir compte de^ ces différentes situations. Aux salariés, on apportera^ les promesses habituelles; on leur fera désirer l'éta-

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