‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 53 sur 63 · GREVES ET SYNDICATS D OUVRIERS · texte numérisé non relu

GREVES ET SYNDICATS D OUVRIERS

ajouter les campagnes de conférences entreprises par les organisateurs des Bourses du travail.

Il ne faudrait pas cependant en conclure que le mouvement gréviste dans Tagriculture n'a d'autre cause que les excitations des propagandistes révolutionnaires. Ils n'auraient fait en tout cas qu'exploiter des situations économiques profondément troublées. Quand les bûcherons du Cher ont entrepris leurs premières grèves, la dépréciation des salaires était telle que beaucoup d'entre eux n'arrivaient pas à gagner plus de soixante-quinze centimes par jour; les marchands de bois avaient rejeté leurs revendications qui leur auraient assuré un salaire de 1 fr. 50. Et quand les ouvriers viticoles ont arrêté le travail, ils venaient de subir, à la suite des gelées qui ont ravagé le vignoble en 1903, une longue période de chômage et une forte réduction de salaires. Ils demandaient 2 fr. 50 pour six heures de travail cftectif. Dans les deux cas, il s'agit d'ouvriers qui ne sont pas nourris. Il n'y a donc aucun doute; les grèves ont bien eu une cause économique. Si les revendications ouvrières ont été augmentées, en conséquence des premiers succès obtenus, elles ont toujours gardé un caractère professionnel; le plus souvent, quand elles éclatent de nouveau, c'est pour ramener les propriétaires au respect des engagements pris lors de la signature des traités de paix.

II reste à expliquer comment, poussés au combat par les conseils des propagandistes venus des villes, désireux de livrer bataille pour sortir d'une situation misérable, les ouvriers agricoles sont parvenus à effectuer leur mobilisation. Ce qui en fait la difficulté, c'est la dispersion habituelle du prolétariat rural;

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séparés par la nature de leurs occupations, les ouvriers des campagnes n'ont pas comme ceux des villes l'occasion de s'exciter les uns les autres, de se concerter, de s'unir. Même dans les grandes fermes, les ouvriers de chaque catégorie sont peu nombreux, les salaires qui rémunèrent des fonctions semblables sont souvent différents pour tenir compte des qualités individuelles; il n'y a pas alors d'intérêt professionnel collectif. Et, en effet, les grèves ne se sont pas produites dans les régions agricoles où les conditions de leur travail séparent ainsi les ouvriers. Il est indispensable au succès des grèves que les travailleurs soient groupés par équipes, formant des ateliers qui se déplacent solidairement. Voilà qui explique qu'elles soient restées limitées et qui fait supposer qu'elles ne se généraliseront pas, au moins rapidement.

La réussite des grèves viticoles tient certainement à ce fait que, dans la région méridionale, on a l'habitude du groupement, de la vie en commun : les journaliers habitent dans des villages souvent fortement peuplés oiij chaque soir, ils se rencontrent dans les cafés; ils vont par groupes au travail; pour la plupart des opérations culturales, ils constituent des équipes. Ce sont ces journaliers qui ont mené le mouvement. Quand ils ont jugé utile de s'adjoindre les domestiques, ils ont dû aller les chercher dans les « mas », les entraîner de gré ou de force et, plus d'une fois, ces domestiques ont demandé aux journaliers grévistes de venir manifester bruyamment autour d'eux pour faciliter leur départ. C'est bien significatif. M. Roblin a fait en ce qui concerne les bûcherons une observation semblable : « Chaque fois,

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