GRÈVES ET SYNDICATS U OUVRIERS
dit-il, que dans les bois ragglomération n'existe pas, la grève et le syndicat ne se trouvent point. Les abatteurs, les charbonniers, les scieurs de long, dès Torigine ne se coalisent ni ne s'organisent quoiqu'ils eussent, pour le faire, les mômes motifs que les bûcherons proprement dits. Mais c'est qu'ils sont par deux ou par quatre perdus dans les forêts, couchant dans les cabanes; ils n'ont point entre eux de communications, ils sont plus sérieusement sous la main de l'employeur. » Les grèves apparaissent ainsi comme un des résultats de l'industrialisation de l'agriculture; en groupant les ouvriers, elle leur a donné le moyen d'agir.
Le mouvement gréviste a eu pour conséquence de renforcer, on pourrait presque dire de créer une organisation ouvrière qui lui a survécu. Dans le Midi, ilya eu des syndicats d'ouvriers agricoles avant les premières grèves, mais il est remarquable qu'ils ne les ont pas déterminées et que même ils ont été surpris par la brusque explosion qu'ils n'avaient pas préparée. Et pourtant ces syndicats venaient de tenir, six mois avant (Béziers, 15-18 août 1903), un Congrès où ils avaient décidé de fonder, en réunissant les trois fédérations départementales de l'Hérault, de TAude et des Pyrénées-Orientales, au total une trentaine de syndicats, une u Fédération régionale des travailleurs agricoles et parties similaires de la région du Midi ». Cette Fédération qui paraissait d'ailleurs beaucoup plus préoccupée de propagande révolutionnaire que d'action praticpie, n'était pas encore
constituée quand la diminution des salaires et un chômage persistant ont poussé les journaliers à se mettre en grève. Et ce sont les grèves qui lui ont donné la force qui lui manquait. Dans le Centre, chez les bûcherons, M. Roblin le constate avec V Annuaire des Associations professionnelles ouvrières : « la grève a précédé le syndicat; celui-ci a été la conséquence de celle-là ». Il ne pouvait guère en être autrement. Avant de Texpérimenter dans un coup de colère, les paysans n'auraient jamais cru à l'efficacité de l'action syndicale.
Une fois la preuve faite, les syndicats se sont multipliés et alors, qu'ils aient précédé ou suivi les déclarations de grève, peu importe. Ce qui est intéressant, c'est de savoir s'ils correspondent à un sentiment nouveau, s'ils ont réalisé une union durable entre ces travailleurs autrefois dispersés, s'ils constituent une organisation puissante. A s'en tenir aux apparences, voici ce qu'on peut voir. Des congrès régionaux ont été réunis chaque année. Les Fédérations régionales se sont associées dans une Fédération nationale. Les journaux corporatifs de propagande ont été de môme fondus en un seul, « le Travailleur de la terre^ organe officiel de l'Union fédérative terrienne », qui comprend la Fédération agricole de la région du Midi, la Fédération nationale des bûcherons, la fédération nationale horticole, la Fédération agricole de la région du Nord. La dernière statistique du ministère du Travail compte en France 628 syndicats d'ouvriers agricoles. Nous ne saurions dire si ce chiffre est trop faible ou trop fort.
En fait, ces syndicats paraissent sans force et sans action. Ils n'ont ni argent en caisse, ni autorité sur