‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 55 sur 63 · GREVES ET SYNDICATS D OUVRIERS · texte numérisé non relu

GREVES ET SYNDICATS D OUVRIERS

leurs membres. L'inexpérience, l'indiscipline, les divisions politiques et les jalousies personnelles, — spécialement dans le Midi la crise de mévente que Ton a habilement invoquée pour renforcer la solidarité de « tous ceux qui vivent de la vigne » — la charge des cotisations, si modiques soient-elles, la lassitude ont vidé des groupements qui, au moment des grèves, avaient rassemblé presque la totalité des ouvriers dans chaque village. On sait toutefois qu'il ne faut pas juger de la force des syndicats ouvriers d'après leurs ressources pécuniaires, ni même d'après le nombre de leurs membres. Gela est vrai surtout pour ces petits syndicats de travailleurs de la terre qui ne peuvent exercer une action quotidienne d'éducation ou d'assistance. Ce ne sont que des organisations de combat; il suffit que les cadres demeurent ou qu'ils soient faciles à reformer pour que la grève, dans les régions que nous avons désignées, reste une menace permanente pour les propriétaires. Les résultats matériels sont de nature à encourager les ouvriers. Les bûcherons, les vignerons, les horticulteurs ont obtenu des augmentations de salaires fort nettes. Les domosti(iues des fermes de l'Ile-de- France ont fait améliorer leur logement. Désormais les chefs de culture ne pourront plus considérer les salaires comme une dépense compressible, celle sur laquelle on fait des économies en temps de crise.

Les idées révolutionnaires n'ont pas pénétré seulement dans les groupes d'ouvriers ; elles ont touché d'autres paysans que leur situation économique

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devait défendre. Des métayers, des petits propriétaires se déclarent socialistes, c'est-à-dire admettent que leurs intérêts dilîèrent de ceux des grands propriétaires. Ils paraissent accepter, désirer un bouleversement du régime de la propriété et de la production. La propriété ou la possession à bail de la terre ne suffit pas à assurer leur indépendance. La terre n'aime plus les miséreux; maigre nourriture pour elle que la sueur d'un pauvre diable! Maintenant il lui faut de l'argent, des capitaux. Découragé, le paysan prête l'oreille à des promesses qui lui apportent au moins une espérance nouvelle. Il les accueille déjà avec assez de confiance pour que cette confiance se traduise en actes.

Nous aurions pu signaler au paragraphe précédent que, dans le Midi, bien des petits propriétaires s'étaient inscrits aux syndicats d'ouvriers, que pendant les grèves ils les avaient soutenus de leur sympathie; nous ne l'avons pas fait parce que ces petits propriétaires sont presque toujours aussi des salariés. Leur situation ambiguë explique leur attitude et diminue la portée de leur action. Les associations paysannes du Bourbonnais sont plus intéressantes à observer. Elles ont réuni des métayers, des fermiers, des cultivateurs-propriétaires, des journaliers et des domestiques. Que des fermiers, des métayers, entrepreneurs de culture, ayant sous leurs ordres quelques ouvriers, se soient ainsi classés eux-mêmes parmi « les travailleurs de la terre », voilà la nouveauté à retenii'. Evidemment, c'est le signe que quelle que soit la forme juridique de leur rémunération, ils se sentent plus près des salariés que de ceux qui possèdent des capitaux. C'est du travail que paie

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