‹ L'évolution de la France agricoleChapitre 58 sur 63 · ORGANISATIONS DÉFENSIVES · texte numérisé non relu

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tard pour recourir à ces syndicats de défense sociale.

Augmenter le nombre des propriétaires ruraux paraît toujours aux conservateurs le moyen le plus efficace de lutter contre le socialisme agraire. Gela n'est vrai toutefois que dans le cas où la propriété n'est point trop petite ou trop surchargée, lorsqu'elle assure une réelle indépendance. C'est dans l'espoir d'accroître le nombre des propriétaires qu'on a réclamé la loi sur le bien de famille. La loi est venue, mais elle est jusqu'ici restée sans effet.

Tout cela constitue une méthode de résistance préventive contre les progrès du sociahsme. Cela ne suffit pas. Là où les ouvriers se sont organisés, ont provoqué des grèves, les propriétaires ont songé à opposer aux groupements ouvriers d'autres associations destinées soit à améliorer les conditions générales du travail agricole, soit à préparer des ententes entre patrons et ouvriers, soit à briser les organisations ouvrières.

Reconnaissant enfin que les syndicats professionnels agricoles n'avaient pas, comme on le souhaitait et comme on l'affirmait, réussi à grouper toutes les classes de travailleurs du sol, ils ont fondé des syndicats véritablement mixtes, c'est-à-dire composés de patrons ou entrepreneurs de culture et d'ouvriers, qui ont pour unique objet de s'occuper des revendications ouvrières On rencontre des associations de ce genre dans le Languedoc, dans le Bourbonnais, dans la Brie et le Valois.

M. Félix Bouffet, qui en a organisé plusieurs dans le département de l'Aude, y a réuni deux institutions : une commission mixte qui tous les ans, en mars, procède à une revision des salaires et des conditions du

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travail, en tenanl compte de la situation plus ou moins avantageuse pour les propriétaires du marché des vins, et une sorte d'assurance contre le chômage. « Pendant la période de chômage, les propriétaires s'engagent à employer, à tour de rôle, les ouvriers faisant partie de Tassociation, à raison de un ouvrier pour 10 hectares; les ouvriers ainsi employés reçoivent un salaire inférieur de un franc au salaire ordinaire. » D'autres institutions peuvent d'ailleurs ôtre adjointes aux premières, sociétés de jardins ouvriers et d'habitations à bon marché, par exemple. Les conséquences seraient ainsi de supprimer les grèves, les conditions du travail ayant été réglées par une sorte de contrat collectif et, en atténuant le chômage saisonnier, de retenir dans les campagnes la maind'œuvre nécessaire.

Dans le Bourbonnais, nous l'avons déjà noté, quelques propriétaires, groupés autour de M. Milcent, ont créé des syndicats mixtes et ont accepté de discuter avec les représentants des métayers syndiqués les clauses d'un bail de métayage qui put servir de modèle. Cette tentative n'a pas donné les résultats qu'on espérait, parce que la plupart des propriétaires et les fermiers généraux de la région ne l'ont pas voulu.

On a essayé aussi, dans l'arrondissement de Sentis, de provoquer la création d'une commission mixte comprenant 12 propriétaires et 12 ouvriers élus pour étudier en commun diverses revendications ouvrières : extension de la loi sur les accidents du travail aux ouvriers agricoles; organisation des tribunaux de prud'hommes agricoles; création de sociétés coopératives de consommation; logements

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à bon marché, leur acquisition par annuités; développement des œuvres de mutualité. 11 est à remarquer qu'ici les propriétaires n'acceptaient pas de discuter en commun les questions de salaires.

Dans le Gard, M. Louis Roger afondé de nouveaux syndicats de patrons qui ont spécialement pour but : « 1» d'assurer la sauvegarde des propriétés et d'empêcher la destruction des récoltes, soit en ayant des gardes particuliers, soit si le dommage est déjà commis en en poursuivant la réparation devant les tribunaux par le dépôt de plainte ou la constitution de partie civile, soit enfin, s'il y a lieu, en indemnisant les victimes des actes de sabotage avec les fonds qui sont dans les caisses des syndicats; 2" de faire respecter la liberté du travail aussi bien chez le propriétaire que chez l'ouvrier; 3'^ d'améhorcr la condition matérielle et morale de tous ceux qui concourent au développement de la richesse agricole par la création de caisses de chômage, la constitution des biens de famille, la généralisation des habitations à bon marché et, d'une façon générale, par les encouragements donnés aux institutions de prévoyance. » M. Bouffet a fait justement remarquer que les caisses de chômage ont pour résultat d'attirer dans les communes où elles fonctionnent des chemineaux et des sans-travail qui ont vite fait de les épuiser. Les institutions d'assistance par le travail suivant un roulement entre les propriétaires et les ouvriers affiliés aux syndicats mixtes leur sont préférables.

Il est difficile de juger la valeur de ces nouvelles institutions. Elles présentent des caractères bien dilférents suivant les régions. Les unes se rapprochent des ententes entre patrons et ouvriers comme

en connaît rinduslrie; les autres ressemblent aux syndicats jaunes où les ouvriers troquent leur indépendance contre quelque assurance de sécurité matérielle. M. de Rocquigny proteste que les syndicats mixtes « ne sont pas des syndicats de guerre contre les syndicats agricoles ouvriers, mais au contraire des syndicats de concorde et de paix sociale, destinés à faire cesser la hideuse lutte de classe menée par les syndicats ouvriers. Ce sont des syndicats d'émancipation pour les travailleurs si nombreux qui se refusent à subir le joug des politiciens et des émissaires chargés par les Bourses du travail de provoquer et d'entretenir l'agitation dans les villages ». Il paraît difficile de contester que ce sont au moins des instruments de guerre défensive. ¥A il ne peut pas en être autrement. Puisque la lutte est engagée, il faut bien veiller à équilibrer les forces adverses. Dans l'agriculture d'aujourd'hui, comme dans l'industrie, la paix sociale est une paix armée.

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