CHAPITRE VIII
la lorro: l'épargno et le luxe 11. Les forces physiques. -
— Neurasthénie. — Resliiclinn volontaire des naissances.
m. Les paysans et la politique. — L'influence des grands propriétaires. — Les conseils municipaux. — Le paysan électeur.
— Les progrès di; la démagogie.
On comptait sur les masses rurales pour maintenir de Tordre dans une société inquiète. Ancrées au sol par la chaîne des traditions, elles ne devaient pas être ébranlées par les vents furieux (jui attisent la haine dans les cités; mais, nous Tavons vu, les chaînes se sont usées, sinon rompues. Les techniques nouvelles, les ordres impérieux des marchés urbains, la sollicitation des villes, la contrainte des associations, rimportation des idées socialistes ont modifié dans notre agriculture les conditions de la vie, les relations entre les hommes, les pensées et les mœurs. Les paysans conservent-ils encore les qualités de toutes sortes qui leur seraient nécessaires pour remplir pleinement le rôle [)olitique el social qu'on leur assignait?
Tant d'espérances reposaient sur eux! Ils devaient être, ils étaient les gardiens fidèles de la morale
fondée sur la religion et sur une solide organisation de la famille. Ils peuplaient le pays d'hommes vigoureux et sains, réparant sans se lasser l'usure de la race épuisée par les villes. La propriété les faisait souverains, leur donnait lindépendance et la sagesse. Ils propageaient les traditions qui font la force dun peuple; ils assuraient la stabilité. Cela pourrait se mettre en litanies : — pères de la patrie qui l'avez nourrie et défendue, bras robustes, cœurs vaillants, ô soldats de l'an II, sagesse des ancêtres, patience exemplaire, assises de la démocratie, — mais il y faudrait le lyrisme de Michelet. Toute une légende héroïque s'est formée pour honorer le paysan. Elle est vraie d'ailleurs cette légende. Nous n'en voulons médire. Cependant la vérité des économistes n'est point celle des poètes et des orateurs. Elle est plus sèche et plus précise. Les constatations fâcheuses, elle s'oblige à les avouer. A quoi servirait-il de se leurrer, d'entretenir des illusions?
Nous cherchons la vérité; mais comment la rencontrer? Une méthode sure nous manque et pourtant il y a bien un problème à poser. Les paysans n'ont pas qu'un rôle économique à tenir. Nous ne leur demandons pas seulement de produire au plus bas prix possible les denrées nécessaires à la consommation nationale. Nous attendons d'eux l'accomplissement d'une tâche sociale. Par leur action ou même par leur inertie, par leur organisation juridique, parleurs mœurs, ils exercent une influence sur les autres classes de la société, sur le progrès général. Si l'on pouvait scientifiquement fixer les lois de société la meilleure, le problème serait de déterminer le devoir social des classes rurales, de chercher ce
qu'elles doivent faire pour contribuer à la prospérité de l'ensemble. Mais la science ne nous a pas fait entrevoir la forme précise de Tidéal à atteindre. En cette matière, les sentiments et les préférences personnelles sont nos seuls guides. L'idéal social varie pour chacun de nous suivant les conceptions que nous nous faisons de la vie et de la destinée humaine. Dans une étude qui veut rester objective nous n'avons pas à choisir entre des doctrines, ni à les critiquer, ni à avouer nos préférences personnelles. Nous n'avons pas à opposer Tidéal des conservateurs que nous rappelions tout à l'heure aux espérances socialistes ou au programme intermédiaire des démocrates. Nous enregistrerons des faits.
Voilà donc tracé le cadre de nos recherches sur les mœurs paysannes. Il ne s'agit pas de dire si actuellement elles sont bonnes ou mauvaises. Mais simplement, en isolant les principaux et les plus caractéristiques parmi les phénomènes moraux parculiers aux paysans de comparer le présent au passé et de noter les variations qui se sont produites. Est-ce possible? en admettant qu'une longue expérience des milieux ruraux et des dons d'observateur puissent p(3rmettre à qui les aurait de juger les paysans d'aujourd'hui, où trouverons-nous le moyen de les comparer à ceux d'autrefois, à ceux d'il y a cent ans ou cinquante ans? Des témoignages existent, mais ils ne sont pas précis, ils sont contradictoires et souvent ils sont suspects parce qu'ils ont manqué d'impartialité. Depuis qu'il y a des hommes, on dénonce d'une génération à l'autre le relAchement des mœurs, on loue les vertus des anciens aux dépens des habitudes nouvelles.
Ces paysans d'hier à qui vont maintenant tous les éloges ont été, dans leur temps, sévèrement jugés; Balzac n'a pas été moins dur pour eux que ne Font été, cinquante ans après, Zola et Maupassant. Les romanciers, maintenant nombreux, qui mettent en récits la misère paysanne ou le pittoresque des mœurs champêtres se divisent toujours en deux camps opposés : les uns sont aussi cruels dans l'observation des tares et des signes de la bestialité que les maîtres du naturalisme, les autres ne sont pas moins bienveillants et attendris que ne le fût George Sand. De cette collection d'appréciations littéraires, nous ne saurions retenir une documentation utilisable et nous ne pouvons guère les remplacer par des observations plus méthodiques.
Il est un autre embarras qui n'est pas moindre. Comment étudier chez eux, de village en village, nos millions de paysans? M. Baudrillart qui avait entrepris celle tâche y a consacré quinze années de sa vie et n"a pu l'achever. Si nous tenions de constituer une figure synthétique, un type moyen du paysan français, nous faisons œuvre vaine et artificielle. Nous n'avons pas de méthode pour ramener à l'unité toutes les variétés provinciales. On n'hésite guère d'habitude à s'y essayer. « Le Français est frondeur, léger, superficiel... Le Provençal aimable, le rude et violent Languedocien, le lourd Cévenol, le Champenois narquois, l'Auvergnat crédule et méfiant... Le paysan cupide, routinier... » ce sont façons de s'exprimer d'un usage fréquent. Elles n'ont guère leur place dans une étude où l'on s'efforce de n'avancer que prudemment sur des renseignements contrôlés. Qu'elles soient inexactes, on ne saurait d'ailleurs
ral'fipmer. Elles contiennent probablement, au contraire, des indications utiles. Mais ces intuitions qui suffisent aux littérateurs, il faudrait prouver leur exactitude, ces notes fragmentaires il faudrait les compléter et les coordonner. Une longue oppression a mis au cœur des paysans l'habitude de la défiance. Leur âme silencieuse ne se laisse pas facilement deviner.
Il est bien évident que les mœurs rurales ont évolué et, probablement, elles ont changé plus vite dans les vingt dernières années qu'elles ne le faisaient autrefois en cinquante ans. Il suffirait d'en prendre pour preuves les marques les plus apparentes, Fabandon graduel et de plus en plus rapide des costumes caractéristiques, des usages, des coutumes de fête ou de deuil, la déchéance des arts paysans. Les gens des campagnes copient dans leurs vêtements et souvent dans leur langage les ouvriers et les artisans des villes. Les villages, dès que leurs ressources budgétaires le permettent, prennent l'aspect banal des petites villes. Les particularismes s'effacent; c'est dire que les paysans ne vivent plus repliés, tournés vers leur passé, que les modèles sur lesquels ils se règlent sont hors de leurs groupes. Ils attendent du dehors ce qu'ils trouvaient autrefois en eux-mêmes. Sous une autre forme, c'est l'observation (jue nous avons déjà faite à plusieurs reprises : les campagnes sont passées sous l'influence des villes. Nous l'avions noté pour les échanges économicpies; cela est tout aussi vrai en ce qui concerne les relations morales*
L'instruction des paysans s'est faite dans le cadre uniforme imposé à toutes les écoles primaires. Les nouvelles du dehors ont été diffusées dans les campagnes, les rapports avec la ville sont devenus plus fréquents, même obligatoires pour les hommes par suite du service militaire. La conséquence probable est que la mentalité des paysans a dû se rapprocher de celle des ouvriers d'industrie et des artisans. Essayons de voir ce qu'il en est.
Une des caractéristiques les plus frappantes des anciennes mœurs paysannes était la forte organisation de la famille. Le chef de famille, père ou fils aîné, exerçait sur tous ceux qui vivaient sous son toit, parents ou domestiques, une autorité respectée; tous les observateurs s'accordent pour dire qu'il n'en est plus ainsi. Tl y a déjà longtemps que la vie patriarcale a disparu. Les enfants quittent la maison paternelle soit au moment où ils peuvent se placer comme ouvriers, soit au moment de leur mariage. Il est rare de rencontrer des propriétés indivises où les cadets se soumettent à l'autorité de l'aîné. Le groupe familial se réduit au minimum. Les domestiques ne le renforcent plus. Dans les fermes un peu importantes, les maîtres ont cessé de manger à la table commune.
Les enfants qui ne sont plus traités avec la même sévérité qu'autrefois n'ont plus guère ni l'affection ni le respect des « vieux », comme ils disent: ils discutent, regimbent et s'émancipent. Souvent les rapports entre les parents et les enfants deviennent tout à fait mauvais. Lorsque le propriétaire vieilli, usé par un long travail, doit se résignera partager sa terre entre ses héritiers pour en assurer la culture, le paiement de la maigre rente qui lui est accordée
est roccasion de cruelles disputes. Ce trait fâcheux des mœurs rurales a été souvent noté; tout au plus faut-il s'interdire de trop généraliser.
En môme temps que le lien familial, se sont relâchés aussi la plupart de ceux qui rassemblaient les gens d'un même village. Les voisins ne se réunissent plus aux veillées d'hiver; l'entr'aide mutuelle n'est plus pratiquée avec cette libéralité que l'on constatait jadis. Aujourd'hui toute peine mérite salaire et, pour obtenir un service de leurs voisins, les pauvres gens doivent payer ou s'engager « à charge de revanche ». C'est au siècle de l'association que l'individualisme rural, — ici, il faut l'appeler de son vrai nom, l'égoïsme — paraît faire les plus grands progrès. « Chacun chez soi, chacun pour soi », voilà le proverbe qu'on entend répéter de toutes parts. Les associations agricoles n'ont uni que des intérêts. Les sohdarités économiques n'ont rien de commun avec la charité et la bonté.
La société paysanne avait, d'autre part, un soutien dans la religion. Evidemment de ce côté Tarmature fléchit. L'influence de la religion a diminué presque partout. La façon dont les populations rurales ont accepté la séparation de l'Église et de l'État en est bien la preuve. Quelques manifestations se sont produites dans des villages de montagne; dans l'ensemble du territoire, les paysans ont laissé faire avec indiiVérence ou bien ils ont approuvé. Depuis lors, dans les communes pauvres, les embarras financiers des associations cultuelles ont entraîné la fermeture
l'évolution de la FRANCE AOHICOLK. 18
214 LA DEMOGHAtlE PAYSANNE
des églises; les fidèles se sont trouvés trop peu nombreux ou trop tièdes pour retenir leurs prêtres au milieu d'eux.
Il est difficile, en tenant compte des critiques contradictoires, de mesurer équitablement ce que les mœurs ont peut-être perdu à l'abandon des habitudes religieuses. A la religion des paysans se mêlaient intimement beaucoup de grossières superstitions. L'Église ne leur refusait pas son appui. Elle se préoccupait moins de travailler à l'éducation morale de ses fidèles que de les contraindre à la résignation et à l'obéissance. Elle avait suscité des griefs légitimes; l'alliance du presbytère et du château, Faction politique cléricale, les marchandages au sujet du casuel, quelquefois les écarts de conduite de quelques prêtres avaient détourné les hommes des églises. Mais en les quittant ils n'ont pas toujours obéi à un autre idéal. Ils se libéraient seulement d'une contrainte morale. Là oi^i le socialisme a pénétré^ l'accueil qui lui est fait justifierait sans doute quelques inquiétudes; ce sont surtout les critiques de la société présente qu'on en retient. Beaucoup de paysans y voient l'autorisation de se livrer à tous leurs instincts. Ceux qui sont capables de se tracera euxmêmes une loi morale qui puisse donner quelque dignité à leur vie sont bien loin d'être les plus nombreux.
Il semble donc que, dans l'ensemble, la valeur morale a baissé sans qu'on puisse préciser dans quelle mesure. On ne constate pas, en effet, une augmentation de la criminalité chez les ruraux. Dans les statistiques du ministère de la Justice ils gardent une place honorable. Tandis que sur 100 000 habitants
des villes on a compté en 1907 près de 12 condamnés pour des crimes, la proportion chez les ruraux n'est que de 4,6. Pour les délits, la proportion était de 54 prévenus pour 10 000 habitants des villes et de 32 pour 10 000 habitants des campagnes. On pourrait objecter que cette statistique basée sur la distinction entre le domicile « urbain » et le domicile « rural « est, par là, inexacte et favorable aux paysans. Mais les pourcentages qui sont établis par rapport à Tensemble des groupes professionnels montrent aussi la supériorité morale des agriculteurs. On compte 57,9 criminels sur 100 000 journaliers des villes employés à des travaux de manutention et de transports, 44,2 criminels sur 100000 marins pêcheurs, ces deux professions étant le plus gravement atteintes par l'alcoolisme; on ne compte que 8,4 criminels sur 100 000 agriculteurs. La statistique criminelle a relevé en 1907 279 délinquants sur 10000 marins pêcheurs, 301 sur 10000 ouvrjers des transports et manutentions et seulement 59,8 sur 10 000 agriculteurs. La proportion des suicides est aussi plus forte à la ville qu'à la campagne : 20 suicides pour 100 000 ruraux, 28 pour 100000 habitants des villes. Mais ce n'est pas sur les actes condamnés par la loi pénale que nous voulons juger de l'état des mœurs. 11 est permis de se montrer plus sévère et de trouver que la moralité a diminué même si la criminalité n'augmente pas.
Le signe plus certain, le plus original de la moralité paysanne, c'était l'amour de la terre. Les paysans s'étaient donnés à elle avec une passion qui les gou-
vernail enlièroment. Nous Tavons lu partout, chacun en a eu les preuves sous les yeux, le paysan était rhomme ([ui ne pensait qu'à acquérir de la terre, celui qui Tachetait aux plus hauts prix et qui devait dépecer les grands domaines. On Ten admirait justement, car c'est une grande force chez un travailleur que l'amour de son métier, u La terre de France rapporte parce qu'elle est aimée » a dit Michelet. Ne faut-il pas déjà parler de tout cela au passé? Nous avons vu que la terre ne retient plus autant qu'autrefois ses enfants autour d'elle. Ses promesses n'éveillent plus en eux d'espérances. D'autres mirages les ont séduits. Certes, il existe encore bien des régions où les petits propriétaires et les ouvriers achètent de la terre et gardent confiance. Il serait prématuré d'annoncer le divorce de la terre et du paysan, mais n'est-il pas visible qu'ils commencent à faire mauvais ménage.
Le paysan ne consent plus à supporter pour elle les privations qu'il s'imposait avec une ardeur passionnée, un travail acharné et une tension de tous les instants pour réaliser la moindre économie. Combien de fois n'a-t-on pas célébré son bas de laine tout gonflé des gros sous retirés aux besoins du ménage? Nous ne voudrions pas nous associer à ces éloges sans quelques réserves. Cette économie trop vantée avait souvent toute la laideur d'un vice. Elle était faite de méfiance et de convoitise et elle n'était pas toujours sans danger. Elle privait la terre de ressources dont la culture avait besoin. Trop souvent, l'ambition d'acquérir entraînait le paysan au delà de ses forces. Ayant acheté trop cher ou ayant trop acheté, il ne pouvait plus proportionner le capital
d'exploitation au capital foncier. La dette hypothécaire Técrasait, le condamnait à une vie misérable où ni lui, ni les siens ne trouvaient plus d'indépendance ni de dignité. De ces propriétaires avaricieux, l'épargne mal comprise et mal employée faisait des prolétaires. Mais, si Ton se place à un autre point de vue, n'était-ce pas la marque de cette adoration de la terre qui était au cœur du paysan? Et si Ton voit les habitudes d'épargne de nos campagnards se transformer, n'est-ce pas la preuve que leur grand amour a faibli, que la terre n'est plus pour eux ce qu'elle était autrefois?
C'est bien, en effet, ce que l'on prétend de divers côtés. On ne va pas jusqu'à dire que les paysans n'économisent plus; la passion héréditaire les dirige encore. Mais ils économisent moins Les besoins de luxe deviennent plus impérieux. Le tabac, l'alcool, la toilette occupent dans les budgets ruraux une place qu'on leur eût refusée il y a cinquante ans. On ne verrait plus les paysans aller pieds nus jusqu'aux portes de la ville portant leurs chaussures à la main pour les épargner. Tandis que les liommes sont gagnés par l'attirance du cabaret, qu'ils multiplient les occasions d'aller aux marchés et aux ventes publiques, les fennnes se laissent séduire par les catalogues des grands magasins de Paris, ou par les ventes à crédit des magasins de la ville voisine, ou par les colporteurs qui les viennent visiter, colporteurs d'un nouveau genre qui sont les employés de grands établissemenls commerciaux, car le capitalisme a centralisé jus(|u'au colportage! La clientèle des campagnes n'est plus à dédaigner; (^lle absorbe si volontiers tous les rebuts des grands bazars! Et
voici qu'aux besoins de luxe s'ajouterait encore la passion du jeu. On signale, particulièrement dans les régions du Midi, que les ouvriers, même des petits propriétaires, ont abandonné le loto anodin pour le baccara et la roulette. On entend souvent dire qu'il faudrait organiser dans les villages de saines distractions; ceux qui se croient capables de remplir cette tâche feraient bien de se hâter, car il est déjà à craindre qu'ils arrivent trop tard.
D'autre part les économies — si Ton en fait encore — se détournent de la terre. La caisse d'épargne a appris aux paysans à confier leur argent. Les gens d'all'aires en ont profité. On voit maintenant des agences de banques dans tous les bourgs où se tiennent des marchés. Elles placent des titres et reçoivent des dépots. Il y a désormais du papier dans le fameux bas de laine et nos paysans soutiennent de leur argent les progrès économiques de leurs concurrents agricoles, la Russie ou l'Argentine.
Du moins, c'est ce qu'on entend dire et il est probable que tout cela est exact; mais dans quelle mesure, c'est ce qu'il faudrait savoir. Les observateurs en ces matières sont volontiers pessimistes. A défaut de précisions statistiques qu'ils ne peuvent pas donner, il nous est peut-être permis de croire qu'ils généralisent trop vite des faits exceptionnels et que leurs constatations ne doivent être retenues que comme des symptômes de tendances nouvelles. Nous essaierons d'indiquer quelques raisons que l'on peut avoir d'espérer toujours. 11 n'est pas encore temps de retirer la parole aux pessimistes; car ce n'est pas seulement du déclin des moeurs qu'ils se