‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 12 sur 96 · Chapitre i. y · texte numérisé non relu

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nèmes, quoiqu'ils correspondent au même signe hiéroglyphique, peuvent varier suivant le dialecte.

A cet égard, il faut étudier l'égyptien sans parti pris. Il ne faut pas vouloir à toute force faire rentrer l'égyptien dans une des catégories de langues qu'ont établies les philologues. Je ne saurais trop m'élever contre des assertions telles que celle*ci, qui est à la base du système grammatical tel que nous le présente Sethe : «L'égyptien est une langue sémitique, par conséquent, de même que dans les langues sémitiques, en égyptien chaque syllabe doit (mufi) commencer par une consonne. Il n'y a pas de syllabe commençant par une voyelle ; lorsqu'en copte une syllabe commence par une voyelle, c'est qu'elle a toujours perdu la consonne qui précédait». (1) Il en résulte que tous les mots coptes commençant par A, 6, O, (D, dont il y a un très grand nom* bre, ont tous perdu la consonne initiale. Les Coptes ne se sont pas donné la peine d'ajouter à leur alphabet les consonnes

tl' ^V' ^ °' V' H^' cfuoique pour d'autres consonnes qui n'exis*

taient pas dans l'alphabet grec ils n'aient pas hésité à inventer des signes nouveaux, lors même qu'une consonne comme la ^ n'appar* tenait qu'à un seul dialecte. Les consonnes oubliées sont toutes celles qui devaient avoir une valeur vocalique, tandis que chacune des consonnes proprement dites a son signe équivalent. On conviendra que c'est pousser un peu loin l'inconséquence.

Ainsi que le disait Maspero dans le travail dont il n'a pu écrire que les premières pages : «ne vaut*il pas mieux profiter de la liberté absolue avec laquelle nous pouvons aborder le dé* veloppement de l'égyptien, sans encombrement de théories pré* conçues ou de paradigmes préétablis, pour créer à l'égyptien une grammaire qui ne soit inspirée exclusivement ni des modèles purement classiques, ni des modèles indo*européens, ni des mo* dèles sémitiques, mais qui ressorte entièrement d'une analyse des textes entreprise avec l'aide de tous les moyens que la philo*

(1) Das agyptische Verbum I § 8. Gardiner. Egyptian hieroglyphic writing. Journal of Egyptian archaeology. II. p. 66.

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logie peut nous prêter, à quelque ordre de langue qu'elle s'ap* plique».

Nous n'avons aucune idée de la langue que parlaient les Egyp# tiens primitifs, ceux que nous désignons du nom de pré#pharao# niques, mais il paraît bien probable que cette langue, tant qu'elle n'était qu'une langue parlée, se composait d'un grand nombre de dialectes, comme c'est le cas pour les populations africaines, et que ces dialectes différaient surtout par les voyelles. A un moment dont on ignore la date, on a passé à l'écriture.

11 s'agissait de faire pour l'oreille ce qu'on faisait dès longtemps pour l'œil, fixer ce qu'on disait ou ce qu'on entendait, afin que cela ne fût pas emporté par le vent, et qu'il en restât une trace.

L'écriture a d'abord été le dessin, ou si l'on veut, la mnémo# nique de l'œil adaptée à l'oreille. L'écriture purement figurative n'est qu'un dessin ; elle est à l'usage de l'oreille aussi bien que de l'œil. Il n'en est plus de même lorsque, le signe idéogra* phique est remplacé par une lettre, un caractère ayant une va* leur conventionnelle et ne rappelant aucune figure. C'est alors véritablement la mnémonique de l'oreille, le signe qui doit rap* peler un son, non par sa nature ou son apparence, mais par une convention.

On a écrit pour fixer ce que l'on entendait et pour en produire la répétition, la reproduction exacte, par la lecture. C'est là à mon sens une vérité qu'on ne saurait contester, et qui me semble entraîner une conséquence inévitable quant à la nature de ces signes. Il s'agit de reproduire ce qu'on entend, c'est à dire un son ; or le son est produit par les voyelles qui sont l'auxiliaire indispensable des consonnes, pour que celles#ci puissent être entendues. Une voyelle peut être prononcée toute seule, ce qui n'est nullement le cas pour la consonne, laquelle, sans la voyelle, ne peut être entendue. Il est donc évident que lorsqu'on a voulu fixer par l'écriture ce qu'on entendait, on n'a pas laissé de côté les voyelles qui étaient indépendantes ou associées aux consonnes, si bien que la consonne originelle a toujours été une syllabe composée d'une consonne et d'une voyelle, celle*ci étant dans

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initiale ou finale, comme je soutiens qu'on la retrouve encore dans l'alphabet égyptien.

C'est du reste la conséquence forcée de ce que l'écriture est figurative, fondée sur le rébus. Quand je dessine un objet quel* conque parce que le nom de cet objet a un certain son, qui me servira à former d'autres mots sonnant de même, je dessine un groupe phonétique qui ne peut être composé que d'une ou plu# sieures voyelles, ou d'un mélange de consonnes et de voyelles. Cette figure comprend nécessairement des voyelles, sans lesquelles elle n'aurait aucun son, et ne serait d'aucune utilité comme élé# ment phonétique. Il est donc évident que toute écriture figurative doit avoir des voyelles qui sont indispensables. Sans voyelles, elle n'aurait ni utilité ni raison d'être. En cela consiste la diffé* rence essentielle entre une écriture figurative, et une écriture vrai* ment alphabétique, qui ne peut être que conventionnelle, et à laquelle on assimile à tort l'écriture égyptienne.

La voyelle est ce qui sonne, ce qui constitue le son, c'est donc le principal élément à reproduire, de la parole, et non la consonne qu'on n'entend pas. Aussi m'est*il impossible de me ranger à cette thèse qui est courante, c'est que l'égyptien, comme toutes les langues sémitiques n'écrit que les consonnes qu'on appelle le squelette des mots, tandis que les voyelles ne sont que l'accessoire dont on ne se préoccupe pas dans l'écriture. Ainsi le procédé mnémonique par lequel on doit rappeler un son, ne rappellerait que l'élément du mot qui n'a pas de son par lui* même, c'est à dire ce qu'on n'entend pas.

Si nous voulions appliquer cette définition de la mnémonique de l'oreille au dessin, à la mnémonique de l'œil, on arriverait à cette conclusion étrange : les primitifs, reproduisant l'image de quelque* chose qu'ils avaient sous les yeux, n'auraient dû représenter que ce qu'ils ne voyaient pas. Voulant nous montrer un homme ou^un animal, ils n'auraient dû dessiner que son squelette, ou pour une mai* son la charpente. Ce n'est certes pas ce que nous voyons dans les dessins des nations qui ont encore conservé le caractère primitif, ni surtout dans les essais rudimentaires et maladroits des enfants.

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On ne conçoit pas pourquoi l'œil et l'oreille suivraient une voie aussi différente, quoique ayant un point de départ commun, l'écriture figurative. N'est*il pas plus naturel de supposer que leur marche est absolument parallèle ? Chacun de ces organes est affecté d'une manière qui lui est propre, et chacun a trouvé un moyen de reproduire ce qui le frappe. Ce moyen était au début le même pour tous deux, puis ils ont divergé, tout en tendant tous deux au même but : fixer ce qui le frappe et sur quoi porte son activité. En un mot, l'écriture doit être la photographie de ce qu'on entend, les mots sont pour elles les personnes dont elle doit montrer l'apparence extérieure, et non pas seulement les ossements.

Comment l'écriture égyptienne est*elle née, et où est*elle appa* rue en premier lieu ? Il paraît difficile d'assigner à cette inven* tion une autre patrie que la vallée du Nil, en raison de son caractère originel. C'est d'abord une écriture figurative. Or nous voyons que les écritures idéographiques, les hiéroglyphes, ne se transportent pas, n'émigrent pas d'un pays à un autre. Et cela est naturel, les noms des objets représentés différant selon les pays. La figure d'un dieu égyptien n'est pas nécessairement celle d'une divinité dans un pays voisin, ou, si même là c'est un dieu, le mot que représente la figure n'est pas identique. C'est pour* quoi, ainsi que les hiéroglyphes sont restés en Egypte, les hiéro* glyphes Hittites ne se sont pas transportés au delà du royaume des Héthéens, ni ceux de Crète en dehors de l'île, ce qui n'est pas le cas pour l'écriture cursive qui ne représente qu'un son. Je ne reviens pas ici sur l'idée que j'ai développée ailleurs, l'origine africaine de la civilisation égyptienne, la population de l'Egypte se composant de deux parties : les primitifs néolithiques autochthones, qui furent conquis par une race également africaine, laquelle, à en croire les légendes, devait venir d'une région su* périeure de la vallée du Nil ; le mélange des deux races pro* duisit ceux que nous appelons les Egyptiens pharaoniques, avec l'apparition desquels coïncide celle du métal et celle de l'écri* ture.

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