Chapitre i
Mais il semble clair que l'invention de l'écriture doit remon* ter à une tribu et peut#être .à un petit groupe d'hommes, et que de là elle s'est répandue sur les tribus voisines de proche en proche, parmi ceux qui parlaient des dialectes appartenant au même groupe linguistique. Car, comme nous le disions plus haut, jugeant d'après ce que l'anthropologie nous enseigne sur les primitifs de notre temps, il est vraisemblable que dans une étendue aussi vaste que la vallée du Nil, les habitants parlaient des dialectes différents.
L'existence de ces dialectes est peut*être une des raisons pour lesquelles un signe vocalique peut avoir des prononciations diffé* rentes, et ne correspond pas à un son unique. Maspero, dans son travail inachevé sur la phonétique égyptienne, (1) étudiant cha* cune des voyelles [1, ^^, ^ — ", après avoir constaté pour chacune les valeurs vocaliques diverses A, 6, H, l, O, CD, oy, croit pourtant pouvoir remonter par déduction jusqu'au point où chacune d'elles n'exprimait qu'un phonème unique. Loin de moi la pensée de m'attaquer à cette idée qui est développée avec une grande ri* chesse d'exemples. Mais il me semble que cette détermination ne doit s'appliquer qu'à un seul dialecte, celui que parlaient les inventeurs de l'écriture. Déjà à peu de distance, le mot sonnant un peu différemment, la valeur attribuée à la voyelle ne devait plus être la même, et du fait que la forme écrite était immuable, les signes représentant les voyelles prenaient une valeur différente.
On s'en aperçoit lorsqu'on met par écrit une langue parlée et, pour ne pas sortir de l'antiquité, prenons le copte. Lorsqu'on voulut traduire en égyptien le texte des Saintes Ecritures, on ne choisit pas la langue égyptienne écrite, pas même le démo* tique qui en était la forme populaire. On prit les dialectes que parlaient les habitants de la vallée du Nil. C'est pourquoi il n'y a pas de langue copte unique, il y a quatre dialectes et les Livres Saints ont été traduits dans chacun de ces quatre dia* lectes. La comparaison de ces quatre textes montre, non seule*
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ment combien le système vocalique diflfère de l'un à l'autre, mais surtout avec quelle variété de sons on a reproduit l'an* cienne lettre hiéroglyphique, La même lettre [1 qui dans le mot
père h ^ devient eiCDT ou ICDT, dans le mot n J ^^ ^^~wv avoir soif, peut devenir suivant le dialecte XBG, eiBG, ou OBB; qu'on ajoute à cela les modifications qui, avec le temps, se pro* duisent toujours dans la prononciation, et l'on comprendra qu'un signe qui reste irnmuable puisse passer par presque toute la gamme vocalique.
Il y a des voyelles dans l'alphabet égyptien. C'est là un fait qu'il me paraît impossible de nier, à moins qu'on ne parte de l'idée préconçue que l'égyptien est une langue sémitique, idée que ne s'impose nullement et qu'on ne peut formuler qu'à l'aide de manipulations philologiques qui produisent, non pas ce qui est, mais ce qui devrait être.
Le fait de n'avoir pas voulu admettre la présence des voyelles a empêché de reconnaître que ces signes étaient sujets à des modi* fications, ou pouvaient entrer dans des combinaisons semblables à ce qu'on voit dans des langues du groupe indo-européen, et en particulier dans des langues modernes telles que le français. Il est certain que les modifications que nous indiquons par des accents ne pouvaient pas être marquées dans une écriture idéo* graphique. Vous pouvez bien mettre un circonflexe sur un a pour indiquer que la voyelle doit être longue comme dans les mots pâtre, marâtre, râpe, et non bref comme dans quatre ou attrape. Mais si cet a est représenté par un oiseau, vous ne pouvez pas -changer l'apparence de l'animal, lui ajouter un bec ou une patte, ou lui ôter une aile. Les nuances dans la prononciation ne pouvaient pas paraître en égyptien. (1)
• (1) Puisque les signes voyelles ont une prononciation très variée, il est clair qu'on ne peut en faire qu'une transcription tout à fait conventionnelle, et qui n'est souvent pas du tout le phonème que le signe doit rendre. Si, par exemple, on transcrit ^ par a comme l'ont fait Lepsius, Brugsch dans son Dictionnaire, et tous ceux qui ne suivent pas la nouvelle école de Berlin, on donne au signe une valeur qui est exacte dans un très grand