Chapitre i
L'égyptien, nous l'avons vu, avait trois sortes d'articulations différentes. Il s'agit maintenant de chercher comment, de l'écriture figurative, idéographique, on est arrivé aux écritures phonétiques.
Presque tous les auteurs sont d'accord sur le point de départ ; le premier progrès, le premier pas vers l'écriture a été le rébus. Le signe n'est employé que pour sa valeur phonétique, sans qu'on tienne compte de ce qu'il représente. Le signe, d'idéogramme qu'il était, est devenu un phonogramme. Il est à peine néces* saire de citer des exemples. Un oiseau avec une houppe s'ap* pelle ba et peut être employé dans quantité de mots pour mar# quer la syllabe ba sans qu'il soit le moins du monde question d'un oiseau, comme par exemple au commencement du nom de la déesse Bastit. Cela nous conduit déjà à plusieurs signes de l'alphabet phonétique, à des consonnes qui sont à l'origine tou* jours accompagnées d'une voyelle finale, et même à de simples voyelles. Sethe (1) a dressé un tableau où il indique quelques* uns des mots qui sont devenus les caractères phonétiques.
Ainsi veut dire la bouche. Il n'y a aucun doute que la
bouche est devenue le signe par lequel on indique, la syllabe ro ou ru, les voyelles étant de son variable. De la même manière, . 3j, le lac, est devenu le caractère syllabique se, ^ — n a, le bras, est devenu cette voyelle longue transcrite de diverses manières, et que l'on considère souvent à tort comme étant un p-
Les identifications de Sethe ne sont pas toutes d'une certi* tude égale à celles#ci, et nous ne sommes pas encore arrivés à retrouver le mot qui a produit un grand nombre des articula* tions. Par exemple, le signe Vi. représente la petite perdrix ; nous ne connaissons pas son nom, ce pouvait être une simple voyelle, on a pris cet oiseau pour signe de la voyelle u que formait son nom. Il n'est pas impossible que ce soit une onomatopée imi# tant le cri de l'oiseau. Ou bien ce nom se composait de plu* sieurs lettres, il était, à l'entendre prononcer, bilitéral ou tri* litéral, et alors le principe adopté a été celui de l'acrophonie,
(1) Zeitschrift, vol. 45, p. 37.
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l'oiseau a représenté le premier phonème de son nom que nous ne connaissons pas. Il est probable, par exemple, que c'est ainsi que la chouette ^\ est devenu le son m. Elle s'appelle en copte, MOyxXX. A ma connaissance, ce mot n'a pas encore été re* trouvé dans les textes égyptiens, mais puisqu'il existe en copte, il doit bien être d'ancienne date. Suivant le même principe, la chouette serait devenue la première lettre de son nom.
Pour les caractères qu'on nomme en général alphabétiques, sur le nombre desquels les égyptologues diffèrent suivant qu'ils con* sidèrent une consonne suivie d'une voyelle comme étant une syllabe ou une lettre simple, le principe de l'acrophonie a été poussé jusqu'au bout, et l'on peut dire qu'ainsi ces caractères sont devenus véritablement phonétiques et non plus idéogra* phiques. Le sens qu'on pouvait leur attribuer en considérant la figure qu'ils représentent disparaît complètement, ce ne sont plus que des lettres, comme les signes conventionnels qui constituent nos alphabets. (1)
Mais il n'en est pas de même pour un grand nombre de signes idéographiques qui peuvent, suivant les cas, ou rester tels ou devenir aussi des signes phonétiques, et cela quand ils sont au commencement des mots. Dans ces cas, il y a passage de l'idéogramme au caractère phonétique, et le signe peut être aussi bien l'un que l'autre, suivant la manière dont le mot est com# posé.
Voici par exemple le mot j nuter qui veut dire un dieu, et qui renferme deux consonnes et une sonnante finale laquelle à l'occasion peut être une voyelle et tomber dans la prononciation. Ce signe isolé se lira nuter. Dans ce cas, c'est un signe idéogra* phique pur. Mais souvent nous trouvons le mot écrit ] On a ajouté au signe idéographique le f ^ et l'r <rr>. Les gram* mairiens appellent ces signes compléments phonétiques. Erman
(1) Sethe I. 1. p. 121 soutient que l'acrophonie ne joue aucun rôle dans la formation des lettres égyptiennes : et il en donne cette preuve singulière «l'acrophonie impliquerait qu'on a tenu compte des voyelles, ce qui nous l'avons vu n'est nullement le cas».