‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 19 sur 96 · Chapitre i · texte numérisé non relu

Chapitre i

d'être absolument complet. Le dessin d'une main peut être suffi* samment poussé, pour qu'on la reconnaisse sans que les cinq doigts aient été détachés. Il en est de même du mot égyptien. Il est tracé avec les détails nécessaires pour qu'on n'ait pas d'hésitation sur la forme qu'il doit avoir. Souvent la voyelle est omise, elle n'est pas séparée de la consonne dont elle fait partie, mais là où elle est isolée, et où elle contribue à donner au mot sa phy# sionomie, elle est marquée, en particulier au commencement des mots.

En égyptien, il n'y a pas encore distinction absolue entre le dessin et l'écriture, il y a encore mélange entre les deux éléments, qui souvent se confondent. Les hiéroglyphes sont le premier essai de rappeler ce qu'on parle, les sons du langage. Pour y parvenir on a d'abord eu recours à la figure, au dessin. Ce premier essai pourrait donc s'appeler l'adaptation de la figure, à la reproduction du son. Une pareille adaptation ne pouvait être qu'imparfaite, car la figure est la représentation d'un être qui existe par lui#même, indépendamment du nom qu'il porte. Ne prendre dans la figure que son nom, pour en faire un signe phonétique, c'est détourner ce nom de son caractère primitif, c'est l'employer à rendre un son, ce qui n'était nullement sa destination première. Aussi une écriture qui n'est qu'un assemblage de figures ne peut point avoir la précision et la fixité qu'a un alphabet proprement dit, où les signes ne sont pas autre chose que l'indication d'un son.

On ne saurait trop insister sur la différence qu'il y a entre une écriture figurative et un alphabet conventionnel, où le signe n'a pas d'autre raison d'être que d'exprimer un son. Il est donc faux de vouloir assujettir l'écriture égyptienne aux règles strictes aux* quelles les alphabets sémitiques sont soumis. C'est obliger l'enfant à se plier à ce qu'on demande à l'homme fait. On oublie que l'égyptien à été le premier pas vers l'écriture, lequel n'a pas été plus loin que le dessin. Le grand progrès qui n'a pas été réalisé par les Egyptiens a consisté à renoncer entièrement à la figure, pour la remplacer par le signe qu'on peut appeler amorphe, car il ne représente rien.

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Ne comparons donc pas l'écriture égyptienne aux alphabets sémitiques, ou à l'alphabet grec, où le dessin a complètement disparu. L'égyptien est resté bien en arrière ; il a su créer des signes alphabétiques, des voyelles dont le son est variable, et des con# sonnes dont le son est fixe, et qui se sont souvent débarrassées de la voyelle qui leur était attachée avant ou après. Néanmoins l'égyptien a conservé tout un appareil figuratif dont il ne s'est jamais entièrement défait. Ce caractère figuratif se retrouve non seulement dans la forme des lettres, mais dans un élément qui est entièrement inconnu à l'alphabet grec, le déterminatif.

On comprend donc que dans cette transition du figuratif à l'alphabétique, de la syllabe ou caractère simple, transition qui ne s'est jamais achevée, qui n'a jamais atteint le but entrevu, il y ait du flottement, de l'incertitude, et qu'il n'y ait pas en égyp* tien, à proprement parler, ' d'orthographe, c'est à dire, pour em« ployer la définition de Littré «l'art et la manière d'écrire correcte* ment les mots d'une langue». Un mot peut être écrit de diverses manières dont aucune ne pourrait être considérée comme fautive. Comme le dit très justement Erman (1) «l'écriture hiéroglyphique n'était pas destinée à des lecteurs comme nous, qui ne connais* saient pas la langue.» Elle devait rappeler la prononciation des mots par un dessin; ce dessin était plus ou moins complet; on pouvait omettre certains traits secondaires s'il y en avait assez d'autres qui les rappelaient; par exemple, on laissait souvent de côté la voyelle quand la consonne à laquelle elle était attachée de manière à former avec elle une syllabe ouverte, avait été notée. Mais si la voyelle était un élément caractéristique du mot et qui contribuait à donner au mot sa physionomie, elle n'était pas omise.

En revanche, à mesure que les consonnes deviennent de plus en plus alphabétiques, on éprouve le besoin dans l'écriture d'in*

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(1) Grammatik, 3. éd. § 21.

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