‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 21 sur 96 · Chapitre i · texte numérisé non relu

Chapitre i

Dans les langues sémitiques comme dans l'égyptien, les con* sonnes, avant d'être des signes alphabétiques, ont commencé par être des syllabes ouvertes, elles avaient une voyelle inhérente finale ou même aussi initiale. Si nous regardons aux Assyriens, nous voyons «qu'ils n'avaient pas de signes séparés pour les consonnes, qu'ils avaient un syllabaire et non un alphabet, à leur disposition, et que s'ils voulaient écrire un mot phoné# tiquement, ils devaient l'écrire en syllabes »(I). A première vue, il semble qu'ils n'aient pas fait le même progrès que les Egyp* tiens et qu'ils ne soient pas arrivés à l'alphabet. Sans doute, mais il faut se rappeler que le signe est immuable et ne suit pas les changements de la prononciation, et l'on peut se demander si vraiment les Assyriens prononçaient les mots exactement comme ils les écrivaient, et s'ils ne laissaient pas souvent tomber les voyelles, ce qui donnait à la consonne sa valeur alphabétique. C'est là une question que je me permets de poser aux assyrio:; logues, et que paraissent justifier certaines transcriptions.

Il faut remarquer que chaque consonne a un signe différent suivant la voyelle qui l'accompagne avant ou après. Il y a quatre signes pour na, ne, ni, nu et an, en, in, un. Il en est de même de l'écriture cypriote qui est purement syllabique, et dans laquelle Praetorius voit, non l'origine de l'écriture cananéenne, mais un rameau partant de la même souche née en Asie mineure. Comparant les deux écritures, Praetorius affirme que c'est une erreur de considérer l'écriture cananéenne comme alphabétique (2). C'est là une écriture syllabique dans laquelle chaque con* sonne a une voyelle finale seulement, comme le cypriote ; aucune des deux écritures n'a de syllabe fermée. Déjà dans le cypriote la consonne initiale d'une syllabe ouverte peut être employée sans sa voyelle, comme consonne pure. Des règles

(1) KiNG, Assyrian language, p. 53. Voir aussi Ranke, Keilschriftliches Ma* terial zur âgyptischen Vocalisation, p. 63.

(2) Praetorius 1. 1. p. 2. Lepsius, Standard Alphabet, 2. éd. p. 175, avait déjà, en termes moins positifs que Praetorius, émis l'idée que l'alphabet hébreu avait d'abord été essentiellement syllabique, c'est à dire représentant par cha* que caractère une syllabe. .

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strictes indiquaient quelles syllabes avaient cet emploi, et dans quels mots. Mais ici comme pour l'égyptien et pour l'arabe vul* gaire, celui qui lisait devait savoir la langue, et non pas pro* noncer po=to4i=ne, mais moXiv. Ainsi la syllabe pouvait devenir une simple lettre alphabétique, elle avait donc un double ca# ractère.

Ici se présente une différence considérable entre le cananéen et le cypriote. Celui-ci avait cinq voyelles a, e, i, o, u, et un signe spécial pour la même consonne suivie de chacune de ces voyelles, il y en avait cinq pour pa, pe, pi, po, pu, tandis que le cananéen n'en a conservé qu'un seul. Praetorius en donne une explica* tion qui nous paraît quelque peu embarrassée. Les Cananéens, ayant à rendre dans une langue étrangère des phonèmes inconnus aux Cypriotes ou que ceux*ci ne distinguaient pas, auraient em# ployé pour chaque cas le même caractère syllabique, qui aurait acquis par ses nombreux emplois une importance si grande qu'il prit la valeur d'une consonne alphabétique. «De cette manière, quand même il semble que les Cananéens aient créé une écriture alpha* bétique, au fond l'ancienne écriture syllabique se voyait encore assez obscurcie dans son apparence, mais très simplifiée à son avantage.» Ainsi pour Praetorius, l'écriture cananéenne, comme l'égyptien, se compose à l'origine de voyelles et de syllabes ouvertes. (1)

(1) W. Max Moller, dans son volume «Asien und Europa in den agyp» tischen Denkmalern», dont nous nous plaisons à reconnaître la riche documen* tation, soutient que pour la transcription des noms étrangers, surtout des noms sémitiques, les Egyptiens ont employé un système qu'il désigne du nom d'é* criture syllabique. Ce système est décrit ainsi, p. 59 :

«Le principe caractéristique et le plus saillant dans l'orthographe des mots étrangers est celuisci : En opposition à sa propre écriture, l'Egyptien veut rendre toutes les voyelles de ces noms, non seulement les longues, mais aussi les muettes et il s'efforce quand cela est possible de représenter une voyelle. Le principe fondamental de toute l'écriture est donc l'imitation d'une écriture syllabique dans laquelle on employait des signes syllabiques à une consonne,

et de préférence celles qui commencent par une consonne L'origine en

est très obscure, et nous ne pouvons en parler que dans un langage à demi hypothétique. Le but immédiat de ce système graphique est évident. Dans des mots de formation étrangère on veut atteindre une clarté phonétique qui

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