‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 27 sur 96 · AA/V\AA · texte numérisé non relu

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valent devant une figure tournée de côté et voyaient l'œil les regardant en face. Leur indifférence pour la faute grave était la même d'un côté comme de l'autre, et ils n'ont jamais rien fait pour la corriger.

C'est que pour l'Egyptien ce n'était pas une faute, cela répon* dait à l'idée qui est à la base de toute représentation graphique-

Dans toute peinture ou dans tout bas*relief, ce que recherche l'Egyptien, ce n'est pas la beauté artistique. Pour lui, comme nous l'avons toujours soutenu, (1) l'art est avant tout un langage. Il ne vise pas tant à être admiré qu'à être compris. L'artiste veut montrer un homme debout : peu importent les incorrections que nous avons signalées et qui paraissent heurter si violemment les lois de la nature. Personne ne se trom* pait sur ce qu'avait voulu dire l'artiste, c'était là l'essentiel. Pourquoi alors changer de procédé, puisqu'on avait toujours fait ainsi ? Quelle raison de renoncer à un mode de faire qu'on avait hérité des pères depuis des siècles ? C'était un moyen élémentaire de se faire comprendre, et cela suffisait. Quel motif d'abandonner un procédé enfantin dont on ne s'était jamais plaint ? Le besoin de progrès ne s'est jamais fait sentir parce que chez l'artiste l'idéal, la recherche du beau, ne se trouve pas.

L'écriture, on ne saurait trop le répéter, ne se compose que de figures, n'est qu'un dessin, et de même que dans le dessin, le trait de l'enfance a persisté. La condition essentielle pour un mot, c'est qu'on le reconnût. L'écriture n'en était pas encore arrivée à cette conception qui nous paraît élémentaire, c'est que le mot écrit doit être vrai ; il doit être une reproduction com* plète et exacte de ce qu'on entend, de ce qu'on prononce, et non pas seulement une approximation reconnaissable. Nous nous trouvons à une phase bien marquée du développement intellec* tuel, une phase par laquelle passe l'enfant qui dessine, le besoin de se faire comprendre sans cependant se conformer à la vérité.

Il est clair que ce défaut de précision dans la structure du mot en rend la transcription tout à fait conventionnelle. Nous avons vu que la valeur variable des voyelles ne permettait pas de les rendre par un phonème unique et invariable, et que le signe ^^, par exemple, que l'on transcrit volontiers par a, pou* vait se prononcer o et d'autres manières encore. Mais le fait que l'ordre des lettres n'est pas toujours respecté, et en particulier

(1) L'art Egyptien p. 11.

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que les voyelles ne sont pas toujours à leur place, ajoute encore à la difficulté de transcription. Le copte à cet égard ne nous est

pas toujours un secours suffisant. Voici par exemple le mot

qui veut dire se reposer, s'asseoir, en copte il se lit 2eMCl sans voyelle longue, 2MOOC avec une voyelle longue dans la dernière syllabe. Il y a là une différence qui paraît purement dialectale et qui existait peut-être déjà à l'époque où le mot était écrit en hiéroglyphes. L'Egyptien, voyant le mot écrit ainsi et avec son déterminatif, qui ici a un rôle phonétique, n'avait aucun doute sur la manière dont il devait le prononcer, qu'il fût à Thèbes ou à Memphis, il le lisait suivant le dialecte de la localité.

Evidemment, comme l'a tenté Maspero avec succès dans beau* coup de cas, il faudrait arriver à remplacer la transcription par la vocalisation, mais on voit combien il est difficile d'arriver à quelque chose de certain. Et encore il y a lieu de se demander si les inscriptions hiéroglyphiques répondent à une vocalisation unique, et s'il n'y a pas lieu à tenir compte de dialectes diffé* rents qui devaient exister.

Résumant les phases successives du développement de l'écri* ture, nous avons vu d'abord comment elle avait passé du dessin à l'écriture hiéroglyphique, et de là par l'acrophonie à la syllabe ouverte, laquelle, par l'omission de la voyelle, a conduit à la lettre alphabétique. Mais nous avons reconnu que le caractère alphabétique n'est pas absolu ; sans cesse encore, le syllabique reparaît, et cela tant qu'a duré l'écriture hiéroglyphique. Aux Egyptiens on doit ce premier progrès : ils se sont engagés sur la voie de l'écriture alphabétique, mais ils sont restés à mi*chemin. Ils n'ont pas séparé définitivement la lettre de la syllabe, et surtout ils ne se sont jamais débarrassés de l'élément figuratif. En cela comme en beaucoup d'autres choses, les Egyptiens sont arrivés jusqu'à un certain point qu'ils n'ont pas dépassé, ils en sont restés là pendant les longs siècles de leur existence. Il a fallu les Phéniciens, ou plutôt les Cretois, d'après les nouvelles découvertes, pour arriver à l'écriture alphabétique pure, cepen*

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