Chapitre il
qu'il était arrivé à une intelligence aussi avancée de l'écriture et de la langue qui jusqu'à lui étaient un livre fermé.
Il faut se rappeler qu'avant lui le sens et la nature des hiéro# glyphes étaient absolument inconnus, aussi l'on comprend que dans sa grammaire, Champollion ait donné une grande place à la représentation graphique, à la manière dont les mots étaient écrits, à ce que nous appelons l'orthographe. Ainsi, dans sa classification des verbes, ce qu'il considère, ce sont les signes par lesquels ils sont représentés. Il distingue ceux qui sont écrits en caractères mimiques ou figuratifs, (1) «d'autres par des signes symboliques et d'autres enfin au moyen de caractères phoné* tiques». Il est clair que, sachant maintenant qu'un verbe peut être écrit avec l'un ou l'autre de ces caractères, cette classification n'a plus de valeur. Il en est de même pour les noms ; c'est surtout la manière de les écrire qui préoccupe Champollion, il ne nous indique nullement ce qui, dans la forme, constitue le nom, et distingue le nom du verbe.
Pour le verbe, il cherche à retrouver les temps et les modes, mais quand il entreprend de reconstruire la conjugaison, il com* mence par dire «qu'il n'est point rare de rencontrer dans les textes hiéroglyphiques, des verbes des trois espèces employés sans recevoir aucune marque de temps ni de personne» (2). Cela revient à dire que pour ces mots la conjugaison n'existe pas, et même qu'on ne peut pas appeler ces mots des verbes, car ce qui caractérise les verbes, c'est que la forme varie selon les per* sonnes et les temps.
Et cette conjugaison là où elle existe, est indiquée par des pronoms simples ou primitifs ajoutés aux groupes exprimant des verbes, sans aucune autre marque particulière, c'est ainsi qu'est formé le présent indicatif. Le passé est indiqué par ces mêmes pronoms suffixes précédés de l'articulation ^-^^'^^ « qui devient ainsi la véritable marque du temps», mais cette articulation 'wwva étant
(1) Grammaire p. 341.
(2) Grammaire p. 390.
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ce qu'il nomme une préposition simple préfixe d'un usage ex* trêmement fréquent, et en particulier pour exprimer le datif, on ne peut guère la considérer comme la caractéristique du passé. Le futur est indiqué par des auxiliaires ou des prépositions qui précèdent le verbe. Les modes tels que le subjonctif ou l'impé* ratif ne se distinguent par aucune forme spéciale, on les traduit ainsi à cause des mots qui précèdent et dont ils dépendent. Dans l'expression J'accorofe qu'ils reçoivent Aw^;!^ """"^ le subjonttif n'est qu'en français, et en égyptien ne diffère en rien de l'indicatif. L'infinitif est le groupe représentant le verbe sans aucune marque de temps, et les participes le même groupe, suivi des pronoms suffixes.
En résumé, la grammaire de Champollion découvre et inter# prête d'une manière remarquable un grand nombre de formes de la langue égyptienne. Il en retrouve très bien le sens ; c'est là pour lui l'important. Mais sa grammaire est faite sur le plan des langues indo#européennes ou sémitiques, dans lesquelles les formes sont d'un usage constant et nécessaire. Cependant, il nous le dit lui*même, un verbe peut être employé sans recevoir aucune
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marque de temps ni de personne. La forme \^ , le pronom per* sonnel de la première personne précédé de la préposition '^^^^ est sans doute la marque du passé dans beaucoup de cas, mais elle peut être aussi celle du futur, et surtout celle du datif. On ne peut donc pas dire que ce soit une forme verbale, et cela d'autant plus que pour exprimer le passé il y a d'autres moyens de le faire, par exemple des auxiliaires, et que très souvent aussi l'idée du passé résulte du contexte sans qu'il y ait rien qui l'in* dique dans la forme du verbe. On pourrait en citer un très grand nombre d'exemples, (1) même dans les inscriptions histo* riques. Ainsi, ce que Champollion donne comme la forme régu* Hère du passé n'est qu'une forme qu'on peut appeler occasionnelle. On peut voir par ce qu'il nous dit du verbe ce qu'est le caractère général de sa grammaire ; quoique certaines parties, comme les
(1) Voir p. ex. l'inscription de Piankhi.