‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 33 sur 96 · Chapitre ii · texte numérisé non relu

Chapitre ii

langue égyptienne ne se prête nullement à une classification de cette nature. Les formes sont les mêmes, quelle que soit la nature du mot. Ce qui distingue le nom du verbe et de l'adjectif c'est le sens, lequel est très fréquemment fourni par le contexte seul, et non point du tout la forme.

Mais ce qui distingue la grammaire de Brugsch, et ce qui donne à ce travail une valeur qu'on n'a pas assez reconnue, c'est la grande richesse d'exemples, et l'importance qu'il met à pré# ciser toujours le sens de la forme qu'il range dans telle ou telle catégorie. Encore aujourd'hui, malgré les progrès qu'a faits la science, la connaissance du sens exact d'une expression doit être le premier but de celui qui s'adonne à l'étude de l'égyptien. Ce n'est que lorsque l'interprétation sera assurée et définitive, que l'on pourra véritablement établir la grammaire et éviter que, comme cela arrive fréquemment, les règles que l'on croit avoir retrouvées n'induisent en erreur.

C'est cette recherche du vrai sens qui préoccupe particulière* ment Brugsch dans le chapitre de la syntaxe qu'il appelle la partie la plus aride de la langue égyptienne, dont il indique les difficultés particulières quoique «l'esprit égyptien soit d'une grande simplicité et d'une merveilleuse clarté dans ses expressions, de manière que la faute est à nous dans les cas où notre tra* duction est obscure, ampoulée ou forcée ». Ce chapitre est le plus remarquable de tout l'ouvrage. Il avait, lors de la publication, le mérite de la nouveauté, et il nous paraît fondé, sur ce qui, à notre sens, doit être l'objet de la préoccupation première du grammai* rien : montrer comment l'égyptien réussit à exprimer les rapports des idées, avec une grande pauvreté de formes et l'absence de ce qui, dans nos langues, distingue les différentes catégories de mots. Ce chapitre est avant tout une analyse, un recueil d'exemples mon* trant ce qu'est l'ordre des mots, les pléonasmes et les ellipses qu'on peut rencontrer, et quel sens il faut donner à ces différents phénomènes grammaticaux ; ce n'est nullement une série de règles enseignant la forme à adopter pour telle ou telle idée.

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On ne trouve aucune tendance à rattacher l'égyptien aux langues sémitiques, spécialement dans tout ce qu'il nous dit du verbe, la partie la plus essentielle de la langue égyptienne. Brugsch ne tente aucun rapprochement avec la conjugaison hébraïque ou arabe, et pourtant, dans la préface de son dictionnaire écrite plu# sieurs années auparavant, il nous disait que la langue égyptienne dans sa forme la plus archaïque avait une racine sémitique, et qu'on trouverait là l'explication de beaucoup de problèmes qui autrement nous paraîtraient insolubles. Il faut croire que dans l'intervalle les idées de BRuciscH s'étaient déjà quelque peu modifiées.

Nous avons constaté dans les différentes grammaires dont nous avons résumé les résultats, que toutes trois n'étaient autre chose qu'une analyse des formes de la langue, qu'en dépit des efforts de Brugsch pour présenter une œuvre systématique ayant un cadre indo#européen, ou sémitique, il n'y était pas arrivé, et qu'en particulier la nomenclature grammaticale de ces langues ne pouvait nullement s'appliquer à l'égyptien qui n'a pas de formes spéciales distinguant les différentes catégories de mots.

Le premier à définir clairement le caractère spécial de la langue égyptienne, c'est l'égyptologue anglais Lh Page Renouf. Et d'abord, pour ce qui est de l'écriture, il nous dit que (1) «les Egyptiens ne distinguaient pas voyelles et consonnes dans la représentation des sons. Les signes phonétiques des Egyptiens constituent, non un alphabet, mais un syllabaire. Ils représentent, non pas des voyelles et des consonnes comme telles, mais tous les sons nécessaires ou appropriés au but de l'écrivain. Un seul signe i"^^^ est suffisant pour exprimer la syllabe men. Il ne peut pas être question, plus qu'en chinois, de voyelle ou consonne. C'est le son de la syllabe (composée de trois éléments suivant nos notions) qui est écrit par un seul caractère. Comme en chinois, si le son représenté par la syllabe est aussi simple que a, i, u, un signe représentant cette syllabe existe certainement. On ne

(1) Life»work, vol. II, p. 155.

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