Chapitre ii
connaît aucun syllabaire où se trouverait une pareille lacune, à laquelle on ne saurait assigner aucune raison plausible.»
C'est donc, comme nous le soutenions nous«méme, la repré* sentation des sons que cherche l'écriture. Il n'y a pas à propre* ment parler de distinction entre voyelles et consonnes, il n'y a qu'un son qui est une syllabe, celle «ci pouvant se composer uniquement de ce que nous appelons une simple voyelle, a, i, u. Quant à la langue elle*même, Renouf nous dit que c'est l'un des stages les plus simples et les plus élémentaires du langage. Tandis que dans les degrés les plus élevés, comme par exemple dans les langues sémitiques ou indo# européennes, les mots sont soumis à des changements internes et externes d'une ampleur telle que la forme originelle du mot peut difficilement être distinguée, il n'y a rien de pareil en égyptien, le mot lui «même est invariable et ne subit aucun changement. Il n'existe ni con* jugaisons ni déclinaisons. Le mot est susceptible de recevoir des suffixes avec lesquels il a si peu de cohésion, qu'ils peuvent être séparés par un mot entier de celui auquel ils se rattachent. Ces suffixes sont presque tous des pronoms et sont les mêmes pour les noms où ils jouent le rôle du pronom possessif, et pour les verbes où ils sont des pronoms personnels.
C'est sur ce principe qu'est fondée la grammaire de Renouf qui a atteint sa troisième édition en 1893, et qui a pour but, non pas la classification des formes dans un cadre donné, mais avant tout l'interprétation, la recherche du sens, ce qui encore à présent nous paraît être l'objet principal auquel doivent tendre les études de la langue égyptienne.
Dans toute langue, l'élément essentiel, c'est le verbe, et voici ce qu'en dit Renouf : (1)
«Le verbe égyptien exprime l'être ou l'action sans aucune re# lation quelconque. Il n'a ni temps ni mode, ni voix, ni con* jugaisons. Même les terminaisons personnelles indispensables aux verbes indo«européens ou sémitiques lui sont étrangères.
(1) Gramm. p. 47.
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Les suffixes pronominaux rattachés au verbe paraissent être des terminaisons personnelles, mais ils en dijfFèrent sur des points essentiels. Par exemple, l'emploi n'en est pas néces* saire, un verbe peut en être dépourvu, sans parler de ce que nous mentionnions plus haut, que le suffixe, étant un pronom, peut être séparé du mot auquel il se rattache.» Et nous pourrions y ajouter ceci : que ces pronoms peuvent être ratta* chés à des mots que nous appelons conjonctions ou adverbes, et que nous qualifions toujours d'invariables. «Les sens doit toujours ressortir du contexte et de la syntaxe de la phrase.»
«L'une des principales différences entre la langue égyptienne d'un côté et les langues indo^^européennes et sémitiques de l'autre, c'est que la distinction entre racine, thème et mot peut à peine être reconnue comme dans les autres groupes. La racine pure, qui dans d'autres familles de langues est pour ainsi dire sous la surface et ne se révèle à la recherche que par ses développe* ments est presque invariablement identique en égyptien au mot en usage. Le vrai mot égyptien pris en lui* même n'est pas une partie du langage, mais dans les limites de la notion qu'il repré* sente il peut être nom, verbe, adjectif, adverbe etc.» Et Renouf en cite des exemples, pour lesquels on n'a du reste que l'em* barras du choix. La notion exprimée par un mot égyptien est déterminée comme étant celle d'un verbe dans le sens strict du mot, par la présence d'un sujet. Quand aucun sujet, ni nom, ni pronom, n'est exprimé, nous avons ce qu'on peut appeler verbe indéfini, mais qui suivant la grammaire n'est qu'un nom ou un adjectif.»
Ainsi Renoue affirme de la manière la plus formelle la con* clusion à laquelle ses prédécesseurs étaient arrivés sans qu'ils se fussent prononcés d'une manière aussi positive : en égyptien, les différentes catégories de mots ne diffèrent pas par la forme, le nom n'est distingué du verbe que par la notion que ces deux mots représentent, et rien dans l'extérieur ne les sépare.
Dans un de ses anciens travaux, Renoue faisait un grief à Birch. à Chabas çt même à E, de Rougé de ce qu'ils avaient dit non