‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 36 sur 96 · Chapitre ii · texte numérisé non relu

Chapitre ii

ne se rencontre qu'à la première personne, et qu'il est difficile d'appeler un temps.

Quand il en revient à la syntaxe des propositions, M. Loret est aussi positif que Renoue; (1) «J'ai dû constater, après un mûr examen, que cette syntaxe en égyptien ne suit aucune règle, ou plutôt qu'elle suit une telle quantité de règles contradictoires que ce ne sont plus que des exceptions

«Les Egyptiens n'éprouvaient pas comme nous le besoin de coordonner leurs pensées d'après les lois fixes, et de les faire entrer de force dans les moules préparés à l'avance. Ne cherchons pas à trouver dans leur langue une chose qui n'y était proba* blement pas». Nous ne pouvons que nous ranger absolument à cette conclusion de M. Loret. Toutes les grammaires et études linguistiques se rapportant à l'égyptien que nous avons consis dérées jusqu'à présent, en dépit de différences de détail, sont cependant unanimes sur un point capital. Elles ne cherchent pas à faire entrer la langue égyptienne dans les cadres bien définis d'un des groupes de langues telles que les langues sémitiques ou indo*européennes. Elles recueillent les faits sans tenter une classification qui ne paraît nullement ressortir de leur nature. Etudier l'égyptien en lui*méme et par luismême, faire l'analyse de cette langue où il n'y a pas d'orthographe ; où la classifica* tion des mots est encore rudimentaire et où les formes qui existent n'ont pas cette rigueur qui oblige à les employer exclu* sivement, voilà encore aujourd'hui, comme nous le disions il y a des années, (2) le but que nous devons nous proposer. Et en cela nous sommes en parfait accord avec Maspero, qui introduis sait ainsi son dernier travail :

« Ne vautsil pas mieux ne pas nous encombrer de théories préconçues ou de paradigmes préétablis, ne pas nous inspirer des modèles purement classiques indo*européens ou sémitiques, mais créer une grammaire qui ressorte entièrement d'une analyse des textes entreprise avec l'aide de tous les moyens que la

(1) Grammaire, p. 110.

(2) Recueil vol. XXXVI 1 p. 50.

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philologie peut nous prêter, à quelque ordre de langue qu'elle appartienne. »

Si Maspero nous dit que nous n'en savons pas encore assez pour créer une véritable grammaire, cela ne vient pas de ce que nos connaissances sont insuffisantes, mais de ce que nous n'avons pas encore trouvé le plan sur lequel cette grammaire doit être établie, et même de ce que nous ne nous sommes pas encore entendus sur les noms à donner aux différentes formes.

A mon sens, une grammaire égyptienne devrait être classée, non pas par les formes, mais par les idées. Il va sans dire que pour cela il faudrait rejeter une nomenclature et un cadre grammatical empruntés à un autre groupe de langues. Il y aurait lieu à trouver de nouveaux termes. Quel nom, par exemple donner au mot invariable dans la forme, quel que soit son emploi?

il pourra être un nom et signifier la vie, l'adjectif vivant, le verbe vivre, à toutes les personnes du

111 peut signifier les dieux vivent, et suivant le contexte les dieux vivaient ou bien les dieux vivront. Maintenant, que pour chaque cas on le qualifie d'un nom spécial, qu'on l'étiquette comme participe ou pseudo* participe, comme adjectif, que sais*je ? Qu'on le range sous le numéro d'un paragraphe dans une grammaire, il n'en est pas moins un mot invariable dont le sens vrai ne ressort que du contexte, de ce qui le précède ou le suit.

C'est pourquoi il me semble que c'est aux idées qu'il faudrait en premier lieu s'attacher, c'est elles qui devraient être le point de départ. Comment, se demanderait*on, les Egyptiens rendaient* ils le futur ? A cette question, il y aurait une réponse multiple : particules, auxiliaires, périphrases servent à cet emploi. L'égyptien ne connaît pas la forme spéciale d'un temps de verbe, et il est d'autant plus intéressant de reconnaître comment, avec ces moyens qui n'ont rien de rigoureux, on réussit à rendre les nuances. Ainsi l'antériorité est souvent rendue par une négation. Pour le passé, il en est de même. Passé défini, indéfini, plus que parfait,

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