‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 37 sur 96 · Chapitre ii · texte numérisé non relu

Chapitre ii

aucun de ces temps de verbes n'a de forme propre puisque le verbe lui*même comme tel n'en avait pas. Cela ne veut pas dire que ces idées n'aient pas existé ; comment la langue égyptienne réussissait«elle à les exprimer ?

Et les rapports qui presque toujours sont marqués dans nos langues par des conjonctions ? Ces mots sont en fort petit nombre en égyptien, ils sont souvent remplacés par une périphrase, sou* vent aussi l'ordre purement paratactique des phrases les supprime. Evidemment le développement de la langue n'est pas encore aussi avancé que pour les langues sémitiques ou indo*européennes, la langue écrite est encore un instrument imparfait, qui se sépa* rera petit à petit de la langue parlée, qui revêtira un caractère plus ou moins conventionnel, mais qui* cependant au début était destinée à reproduire ce qui se disait et ce qui s'entendait. Plaçons* nous donc, pour la décrire, au degré d'évolution auquel elle est parvenue, et ne la soumettons pas à des lois auxquelles il ne nous est pas permis à nous modernes de nous soustraire, mais qui ne correspondent pas à ce que nous appellerions son niveau, le point de croissance auquel elle est arrivée.

En posant ce principe, nous rompons en visière avec le sys* tème grammatical qui est né à Berlin et qui est propagé au* delà du Rhin avec cette assurance qui caractérise la plupart des travaux de la science allemande moderne. C'est surtout en France et en Angleterre que l'école de Berlin a trouvé des disciples. En dépit de ce qu'ils n'admettent guère la discussion sur un système qu'ils considèrent comme établi, je ne puis faire autre* ment que d'exposer à mes savants confrères d'Outre*Rhin pour* quoi il m'est impossible de les suivre dans la voie où ils se sont engagés.

Cette divergence, quelque grande qu'elle soit, a cependant moins d'importance, parce qu'elle porte avant tout sur des ques* tions de forme beaucoup plus que sur l'interprétation. Les uns et les autres, nous sommes d'accord sur le sens d'un mot, quoique les uns appellent voyelles les lettres qui le composent, tandis que les autres y voient des consonnes. Néanmoins il est des cas

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où la règle posée dans la grammaire peut induire le traducteur en erreur, et en outre le système fait envisager la langue dans son ensemble sous un jour qui n'est pas le vrai.

En 1893 paraît la grammaire d'ERMAN, qui est la base du sys* tème, et qui arrivera en 1911 à sa troisième édition fortement augmentée. Elle avait été précédée par l'adoption de la tran* scription établie pour la première fois dans le journal égyptolo? gique allemand en 1889, en opposition à celle de Lepsius. sur laquelle en 1874 les égyptologues présents au congrès des orienta* listes de Londres s'étaient mis d'accord.

A la suite d'ERMAN, plusieurs des disciples de l'école allemande se sont adonnés avec enthousiasme aux travaux de grammaire ; Steindorff, Schack. et surtout Sethe, qui a fait en trois volumes in 4° un volumineux traité du verbe égyptien.

Loin de nous la pensée de diminuer le mérite de ces deux travaux. Sans parler d'une connaissance étendue de la littérature égyptienne, remarquable surtout dans le livre de Sethe, on trouve chez î!rman souvent une grande finesse dans ses points de vue, une sûreté remarquable dans ses interprétations. Chez Sethe, c'est une documentation énorme, qui suppose une somme de travail qu'on ne peut qu'admirer. On regrette d'autant plus qu'une œuvre aussi considérable, et qui est le produit d'autant de science, soit fondée sur un principe inadmissible pour tous les égypto* logues qui ne se rattachent pas à l'école.

Dans sa première édition, Erman nous disait : «La langue égyptienne est parente des langues sémitiques (hébreu, arabe, araméen etc.), des langues de l'Afrique orientale (Bischari, Galla, Somali etc.), et des langues berbères du nord de l'Afrique.» Il ne s'étendait pas davantage sur cette parenté avec les langues sémitiques. Néanmoins, tout au début, faisant le catalogue des signes, alphabétiques, il s'exprime ainsi : « Il est certain que le c'opte et la manière dont les mots sémitiques sont transcrits en égyptien ou l'inverse, nous montre que tous les signes représen* tent des consonnes. Par exception, quelques*unes de ces con« sonnes peuvent être employées comme voyelles finales. » La troi*

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