Chapitre ii
Ainsi, la constatation que l'égyptien est une langue sémitique, n'est pas le résultat auquel conduit l'étude de la langue, c'est le point de départ, c'est la base sur laquelle il faudra recons» truire l'ancien égyptien. Et ici nous avons un exemple de la méthode que nous retrouvons dans un très grand nombre de tra* vaux d'Outre*Rhin, en particulier en histoire. Un fait se présente, qui peut donner lieu à une interprétation conduisant à une idée générale. Aussitôt cette interprétation, cette idée générale, est considérée comme le fait établi qu'il n'y a pas lieu de discuter, et alors les rôles sont renversés, ce n'est plus elle qu'il y a lieu de modifier conformément aux faits, ce sont les faits qui devront être adaptés à l'idée préconçue. Les textes devront être émondés, expurgés en sorte qu'ils cadrent absolument avec elle.
Qu'est#ce qui a conduit les grammairiens allemands à faire de l'égyptien une langue sémitique ? Sans doute la nature des signes alphabétiques qui pour eux ne sont que des consonnes. Mais on est étonné du raisonnement qu'ils emploient pour étayer cette affirmation. Je prends par exemple la voyelle ^^, un oiseau qu'on appelle faussement l'aigle, et qui est le vautour d'Egypte. L'origine de ce signe figuratif n'a pas encore été reconnue, je croirais que d'après le principe de l'acrophonie c'est la première lettre du mot ^^ qui veut dire un oiseau. Nous la transcrivons en général par a, mais cette transcription est loin de rendre la variété des sons auxquels répond ce signe, qui est souvent un o ou un (D. Voici par exemple le mot \\ ^ qui veut dire porter, que nous transcrivons atep, mais qui se prononçait pro* bablement CDTn comme en copte, 1' ^^ étant un CD comme dans
le nom d'l<4noXX(oviôrjÇ où Xœv est écrit 2^^^'^^'^^. La conclusion
naturelle, c'est que dans le mot ^^ n ^ ^ ^^ ^^* ^^ voyelle initiale qui en copte est un CD. Voyons maintenant comment la grammaire allemande fait de cette lettre une consonne qu'elle transcrit >. Erman nous dit qu'il est certain d'après le copte que tous les signes ne sont que des consonnes, et il renvoie à
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la grammaire copte de Steindorff. A propos d'^^ il nous dit qu'en général cette lettre n'apparaît pas dans l'écriture copte, mais que quelquefois elle est traitée comme une consonne véri* table, ainsi dans CDTn qui est un mot à trois consonnes. Si maintenant nous consultons Steindorff auquel on nous renvoie, nous trouvons qu'en copte il y a des demi*consonnnes telles que 6ICD, XÏ, lO. Pourquoi, puisqu'elles ne sont composées que de sons vocaliques, ne les appelle*t*on pas des diphthongues ? parce qu'elles tiennent la place d'^^^ qui en égyptien est une consonne. On conviendra que cette façon de raisonner ne laisse pas que d'étonner, ^^, nous dit Erman, est une consonne parce que le copte nous le prouve. Les lettres qui en copte corres* pondent à ^^ sont des demi*consonnes, nous dit Steindorff, parce qu'en ancien égyptien 1'^^ est une consonne. Quant au mot (DTn, la consonne ^^ a complètement disparu. C'est aussi l'opinion de Sethe qui nous enseigne que partout où elle n'a pas été remplacée par une autre consonne, elle a disparu, qu'elle soit consonne initiale ou consonne médiane. Ainsi dans les mots %v (DC2 moissonner, \\ ^ CDBT une oie,^%. ?§ OYCDa
placer 'HjF ^^ -^ 2(Dn cacher et même comme consonne finale.
Il est clair que de cette manière il n'est pas difficile de recon# struire tous les mots en radicaux à trois consonnes, il suffit d'appeler consonnes ce qui ne sonne pas autrement que voyelle, ou d'en supposer la suppression. Voici par exemple le mot <---^^% fa, porter qui est souvent écrit '"i-i^ ^^ (1 [1 ^ yàï, avec une seconde voyelle. Ces deux orthographes correspondent aux deux prononciations que nous rencontrons en copte, Hl et MXl qei. En copte, la voyelle qui suit l'M peut être l'i ou une diphthongue, mais pour Sethe même le mot ^'v^=^^!^ a trois con* sonnes, l'^e-:^ initial pour lequel il n'y a pas de doute, puis 1' v^ q^i> on nous l'a enseigné, ne peut être qu'une consonne. Quant à la troisième, elle a été omise, ce ne peut être que [1(1 comme nous l'a appris une variante. Cet M est très souvent la