‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 46 sur 96 · Chapitre h · texte numérisé non relu

Chapitre h

Il résulte de ce caractère de l'écriture égyptienne un nombre considérable de formes verbales qui ne sont que des variantes graphiques, mais que Sethe a cataloguées d'une manière complète en rangeant chacune sous une des formes de la conjugaison sémitique. Chacune a son nom et son étiquette, tirés presque toujours de la grammaire hébraïque, mais pour cela il faut leur faire subir les modifications nécessaires pour qu'elles concordent avec le sémitique. Nous l'avons vu à propos de l'infinitif mas* culin qui ne doit pas avoir de terminaison, et où les signes w ou ^ qui sont à la fin du mot doivent être considérés comme la troisième radicale, à moins que ^ w ne soit inutile et n'ait pas de signification (bedeutungslos).

Comme les différentes formes verbales sont produites non point par un changement dans le mot lui«méme, qui reste inva* riable, mais par des suffixes, lesquelles sont en fort petit nombre, la même forme peut se retrouver sous plusieurs noms différents, et en outre ce qui nous est donné pour une forme verbale peut être tout autre chose. Les terminaisons ^,0 ^* UU ^^^ ^^^ ^^' plois très divers formulés dans des règles qui sont loin d'être inflexibles, car dans bien des cas la terminaison n'est pas indiquée quoiqu'elle dût y être, et dans d'autres on la rencontre quoi* qu'elle ne dût pas s'y trouver, aussi ne figure«t*elle même pas dans la transcription. Ainsi la forme porte au moins quatre

noms différents et combien de fois ne voyons*nous pas que le û manque et que le mot est réduit à -<2> ?

Nous ne saurions trop nous élever contre la classification des formes qui distingue celles qui ne sont qu'apparence (scheinbar) d'avec celles qui sont vraies (wahrhaftig) c'est à dire celles qui de* vraient être. Pour nous il n'y a de formes vraies que celles que nous trouvons écrites. Nous ne pouvons admettre qu'il y ait une inter* prétation ésotérique des formes, qui seule nous révèle le réel. Notre point de départ est à l'opposé de celui de Sethe. Nous ne pouvons pas, comme le savant professeur de Goettingue, nous ranger à l'idée de l'ancienne philologie, que la langue est une

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entité née on ne sait où ni comment, ayant ses lois fixes que laissent tomber en tout ou en partie ses descendants dégénérés que nous connaissons seuls. Cette sorte d'être moral, dont l'existence a précédé celle de l'égyptien, nous attendons qu'on nous en montre la réalité. Jusque là nous nous en tiendrons à ce que nous voyons écrit dans les textes qui nous restent de l'ancien égyptien; et nous estimons que le devoir du grammairien est avant tout de rechercher le sens des formes qu'il a sous les yeux et non de recomposer celles qui devraient être.

On le voit, le grand travail de Sethe, qui maintenant est la base des travaux de l'école allemande, est fondé uniquement sur l'orthographe des mots, lesquels, suivant leur apparence, sont classifiés d'après la conjugaison sémitique. C'est cette classifica* tion qui est le premier but de l'ouvrage. Comme, en fait, il n'y a pas d'orthographe en égyptien, qu'il n'existe pas une seule manière correcte d'écrire les mots, on n'est pas surpris de la quantité de formes dont il y a à faire la liste, même en tenant compte de ce qu'une forme peut reparaître à plusieurs reprises sous des noms dijfférents. Et à ce point de vue on ne peut qu'admirer la richesse d'exemples que nous fournit l'auteur. Sans doute, il nous donne toujours le sens de la phrase ou du mot qu'il cite, mais ce n'est cependant pas là sa première préoccupation, c'est si l'on peut s'exprimer ainsi, l'apparence extérieure qu'il a en vue, et non le sens, l'intelligence des expressions lesquelles il range sous l'un de ses numéros.

Il semble que dans un traité sur le verbe qui prétend être aussi complet, la question importante à résoudre est celle#ci : Comment le verbe égyptien exprimait#il le temps ? Comment rendait*il le passé et le futur ? Avait*il des formes spéciales pour ces idées, ou n'en avait^il pas ? On chercherait en vain dans le livre de M, Sethe comment le verbe égyptien exprimait le futur ou le passé. Sans doute, il arrive qu'une forme est interprétée comme ayant le sens du passé, mais ce n'est pas en raison du sens qu'elle est citée, c'est parce qu'elle appartient à telle classe du verbe à deux, trois ou quatre radicales réellement écrites ou

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