‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 48 sur 96 · Chapitre h · texte numérisé non relu

Chapitre h

de l'Egypte, ont laissé tomber toutes ces consonnes, ils ne leur ont donné comme correspondants que les voyelles ou les diph« thongues de l'alphabet grec, ce qui paraît prouver d'une manière irréfutable qu'elles n'existaient pas comme consonnes. Car lors* qu'il y en avait qui ne correspondaient pas tout à fait à l'alphabet grec, on en a inventé de nouvelles. Ainsi, il faut bien que le H diffère en quelque manière du cp, pour qu'on ait adopté ce nouveau signe.

Nous avons encore là un des procédés familiers à la méthode allemande, surtout dans les études historiques. Ce sont les créa* tions nécessaires, pour compléter la théorie. Ici il ne s'agit pas de documents ou d'auteurs dont on a besoin, ce sont simplement de lettres dont on dit qu'elles ont disparu en copte, mais dont il faut affirmer l'existence, car pour le système on ne peut pas s'en passer.

Nous croyons que l'école allemande ne se serait pas engagée dans cette voie, si elle n'avait pas perdu de vue le caractère fondamental de l'écriture égyptienne, qui est une écriture figura* tive dans laquelle les signes ont une valeur en eux*mêmes, qui n'existe pas pour l'alphabet sémitique où ils n'ont qu'une valeur conventionnelle. Nous ne revenons pas sur ce que nous avons longuement développé au début, c'est que l'écriture ne s'est jamais complètement affranchie du dessin, elle n'a jamais atteint ce caractère amorphe ou conventionnel, qui est élémentaire dans un alphabet véritable. L'hiéroglyphe est toujours resté une figure; or, toute figure a un nom qui renferme des voyelles, et quand on use d'une figure pour représenter le son qu'a son nom, il est évident que les voyelles doivent y être. Si l'on veut exprimer un mot par un rébus, il est clair que ce rébus renferme des voyelles, et n'est pas simplement un assemblage de consonnes qui n'auraient pas de son par elles-mêmes.

Il y aurait encore beaucoup à dire pour combattre l'idée que l'égyptien est une langue sémitique. On pourrait faire remarquer, par exemple, que les deux termes de comparaison devraient être choisis à des époques qui ne fussent pas séparées par des milliers

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d'années. Vous prenez l'égyptien le plus ancien, c'est à dire celui qui, d'après vous, a le moins subi de dégénérescence, c'est la langue du troisième millénaire avant J. C. et vous en assimilez les formes à celles de l'hébreu, c'est à dire la langue qui, à en croire les critiques, est celle du Jahviste, d'un auteur qui a vécu au 9'"* siècle. Et cependant, dans l'intervalle, il y a eu une langue sémitique dont nous avons conservé des monuments en grand nombre, celle de Babylone, de Hammourabi, de 2000 ans avant notre ère. Cette langue a une écriture qui note toutes les voyelles, qui a des signes pour chacune des voyelles isolées, qui, con* trairement à la loi de Sethe, ne manque jamais d'écrire la voyelle initiale; par exemple dans la conjugaison, plus riche que celle de l'hébreu, et dans laquelle les formes des personnes ne diffèrent quelquefois que par cette voyelle initiale qu'on se garderait d'omettre. On voit à quel point est arbitraire et artificielle cette théorie qui fait de l'égyptien une langue sémitique.

Etudions donc l'égyptien pour lui même, sans vouloir le faire entreï de force dans un cadre sémitique ou autre ; renonçons, s'il le faut, à la nomenclature grammaticale empruntée à des groupes linguistiques bien définis. Prenons4e tel qu'il est, avec son alphabet dont le développement est encore irrégulier et tient encore du dessin, avec une grande pauvreté de formes, et l'absence d'une classification véritable des différentes catégories de mots. Il n'en est que plus intéressant de reconnaître l'usage de cet instrument imparfait, et de voir en particulier comment les Egyp# tiens réussissaient à rendre les nuances des idées. C'est là ce qui me semble la tâche que le grammairien doit se proposer, quand il aborde l'étude de la langue égyptienne.

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