LE DÉMOTIQUE ET UARAMÈEN
Le démotique.
L'égyptien, avant le copte, a eu trois écritures : 1° les hiéro* glyphes, 2^ ce qu'on a appelé faussement l'hiératique, et 3° le démotique. L'hiératique n'est qu'une simplification pratique des hiéroglyphes. Un texte est absolument le même dans l'une ou l'autre des deux écritures, l'hiératique n'implique aucun change* ment dans la langue, ce n'est qu'une écriture cursive, et c'est là le nom qu'elle devrait porter.
Depuis la fin de la XXV. dynastie et surtout pendant la XXVI. on voit surgir dans tout le pays une nouvelle écriture employée pour une langue qui diffère en quelque mesure de l'ancienne langue, celle qui est écrite en hiéroglyphes. Cette nouvelle écri* ture et cette nouvelle langue, c'est ce qu'on appelle le démotique^ qui nous était connue par des textes anciens sous des noms divers. Hérodote a donné à cette écriture le nom de démotique, yQà!.i(.iaTa (î»;jwoTt/â, Diodore emploie presque le même nom, ôt^fxcûôtj; Clément d'Alexandrie, qui distingue l'hiératique de l'hiéroglyphique, appelle la troisième écriture èniaroXoyQcccpr/.â.
Si maintenant nous consultons les inscriptions trilingues, hiéro* glyphiques, démotiques et grecques, nous voyons que soit Rosette, soit Canope appellent le démotique l'écriture des lettres, tandis qu'en grec Rosette le nomme èyxcogia j'ç«U|tiara et Canope AiyvTtria en opposition à l'écriture sacrée, ou l'écriture du collège sacré.
Il ressort de ces diverses appellations que le démotique était une écriture populaire reproduisant un langage qui l'était aussi.
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Il est évident qu'au début, lorsque les Egyptiens se sont mis à reproduire par des figures ce qu'ils disaient ou entendaient, lan# gage écrit et langage parlé ont dû être fort semblables. Mais il est arrivé ce qui s'est vu en tous pays, c'est que l'écriture n'a pas suivi les variations du langage parlé, il s'est formé en Egypte une langue écrite, et il s'est produit entre ce qu'on parle et ce qu'on écrit, cette divergence que nous pouvons constater même de notre temps.
Cela se produit infailliblement toutes les fois qu'un peuple arrive à un certain degré de civilisation. «Uii idiome naturel subit l'influence d'une langue littéraire. Par langue littéraire nous entendons toute espèce de langue cultivée au service de la com* munauté tout entière. Livrée à elle*même, la langue ne connaît plus que des dialectes, et c'est pour une raison qui varie suivant les peuples, qu'un des dialectes existants est choisi pour en faire le véhicule de ce qui intéresse la nation dans son ensemble. » (1) Ainsi s'exprime Saussure, mais pour ce qui concerne l'égyptien nous devons remonter encore plus haut. Le créateur de la langue littéraire égyptienne est sans doute le groupe qui a inventé l'écri* ture, et la langue que nous trouvons dans les inscriptions les plus anciennes que nous avons conservées devait être son dia# lecte, à côté duquel il y en avait probablement d'autres. Car la tendance des dialectes est toujours de se fractionner, à moins qu'il n'y ait une langue littéraire qui s'impose avec une vigueur suffisante pour faire disparaître les patois.
Ce n'est certainement pas ce* qui est arrivé en Egypte, bien au contraire, la langue écrite répondait si peu aux besoins de la population qu'il a fallu en venir à une création nouvelle, le démotique, la langue populaire. Le peuple ne savait plus lire les hiéroglyphes et en comprenait mal la langue. Lorsqu'on voulait qu'un décret concernant les temples ou la royauté, et écrit par conséquent en caractères sacrés, ceux dont le dieu Thoth était l'inventeur, pût être lu et compris de la foule, on le rédigeait
(1) Cours de linguistique générale, p. 274.