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Nous avons quelques contrats écrits en hiératique; mais à quelle occasion a*t*on cru nécessaire de renoncer à cette écriture et de consigner le texte des accords dans un langage qui se rapprochait davantage de celui que parlait la foule ? Sans doute, les inconvénients de l'ancienne écriture devaient se faire sentir depuis longtemps. Il est bien possible qu'on éprouvât le besoin d'avoir un moyen de correspondance mieux à la portée du peuple. Toujours est*il qu'on se demande qui a eu le premier l'idée d'inventer cette nouvelle écriture, et de quel endroit cette inven* tion est partie pour se répandre dans tout le pays. On dira que le démotique n'est que de l'hiératique modifié et simplifié, mais cette modification devint très vite si considérable, que presque toujours il ne reste rien du caractère ancien. L'élément figuratif a complètement disparu, surtout dans les déterminatifs, et les signes n'ont plus qu'une valeur conventionnelle, quoique l'écri* ture diffère absolument d'un alphabet proprement dit. Mais ce n'est pas l'écriture seule qui a changé, la grammaire et la syntaxe se sont aussi modifiées. Le démotique est donc un idiome nou* veau qui a subsisté parallèlement avec l'ancien égyptien écrit en hiéroglyphes, et il paraît probable que la connaissance du démo* tique était beaucoup plus répandue que celle de l'hiéroglyphique. Cette dernière était avant tout la langue officielle, celle des prêtres, celle de la religion, tandis que le démotique était l'écri* ture courante. C'est pour cela que dans des décrets comme celui de Rosette ou celui de Canope, on a été obligé de pré* senter les deux versions différentes. Le démotique n'était pas approprié à la religion, car jusqu'à présent on n'a retrouvé qu'un ou deux exemplaires démotiques du Livre des Morts, tandis qu'il y en a des centaines dans l'ancienne écriture hiéroglyphique ou hiératique, dont plusieurs ne sont pas antérieurs à l'époque romaine.
Ce qui est particulièrement intéressant dans la naissance du démotique, c'est que nous n'avons aucun doute sur le pays où il est né et sur les auteurs de cette création. Si le domaine où il a régné n'était pas si exactement circonscrit, si nous ne con*
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naissions pas aussi bien ce qui a précédé et duquel le démotique s'est détaché, il est vraisemblable qu'on recourrait à l'explication favorite dans d'autres cas analogues : une invasion étrangère, l'occupation du pays par un peuple auquel on donnerait un nom, et qui aurait réussi à faire de sa langue celle du peuple conquis.
Ici il n'en est rien, aucun étranger n'est venu apporter aux Egyptiens le démotique qui est bien autochthone. Ce sont bien eux qui en sont les inventeurs. Dans ce cas, l'Egypte nous pré* sente un phénomène linguistique sur l'origine duquel il n'y a pas de doute possible. Sous l'empire d'une impulsion toute spontanée paraît en Egypte une écriture nouvelle servant à con* signer un idiome différent de la langue écrite. Ce nouvel idiome ne paraît pas tout d'un coup, mais la transition de l'ancien au nouveau n'est pas de longue durée. Il est bien possible que cette transition fût déjà marquée dans le langage parlé, mais non encore dans l'écriture, où le saut est plus brusque. Nous .avons bien quelques textes où l'on peut reconnaître cette transi* tion, ceux que Griffith appelle «abnormal hieratic». Ils appar* tiennent à la XXV. dynastie et quelques*unes à la XXVI., mais ils forment un groupe à part, et déjà sous les Psammétiques plusieurs documents présentent le démotique régulier ou normal. Le changement s'est produit sans que nous puissions en recon* naître la cause.
Voilà donc un exemple bien constaté d'une langue populaire écrite qui surgit à une date connue, qui servira à de nombreux écrits, qui possédera même toute une littérature, et qui répond évidemment à un besoin. L'ancienne écriture et la langue litté* raire n'étaient plus appropriées aux circonstances d'alors. Il fallait quelque chose de nouveau.
Qui a eu le premier l'idée de l'écriture démotique destinée au langage populaire ? A cet égard, nous sommes dans une igno* rance absolue, et les anciens ne nous ont laissé aucun rensei* gnement qui puisse nous mettre sur la voie. On se représente que l'inventeur de cette écriture a dû être quelqu'un des écri*