‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 52 sur 96 · Chapitre m · texte numérisé non relu

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vains publics qu'on voyait dans les marchés comme aujourd'hui, et qui, assis par terre, les jambes croisées, écrivait lettres ou affaires^ sur un morceau de papyrus qu'il appuyait sur sa main, à moins, ce qui est fort possible, qu'il n'employât pour cela un tesson, un ostracon. Nous avons conservé des tessons avec une inscription démotique; il serait intéressant d'en fixer exacte* ment la date, qui est peut*être antérieure aux contrats les plus anciens.

Que ce soit un inventeur unique ou un petit groupe qui ait le premier écrit du démotique, il a dû résider dans une localité que nous ignorons également, et à partir de laquelle l'invention s'est répandue dans le pays. Si l'on peut hasarder une hypothèse, il semblerait à première vue que c'est dans le Delta qu'on devrait chercher la patrie du démotique. Ce qui pouvait avoir poussé à cette innovation, c'est le commerce, quoique cette écriture dût présenter de grandes difficultés aux étrangers. Or c'est dans les villes du Delta que le commerce s'est surtout développé, depuis l'établissement des Grecs sous les Saïtes et, plus tard, sous les Ptolémées. Ce n'est pourtant pas à cette conclusion que les études sur le démotique ont conduit. Si on le compare à la dernière forme de la langue égyptienne, le copte, on voit que le dialecte avec lequel il a le plus de rapport, c'est celui d'Achmim. Est*ce à dire que c'est de cette ville, l'ancienne Chemmis ou Panopolis, que le démotique est originaire, ou bien, au contraire, peut*on dire que le dialecte d'Achmim a mieux que les autres conservé les anciennes formes de la langue? Nous ne pouvons nous pro# noncer dans cette alternative. Mais il paraîtrait bizarre que le démotique fût sorti d'une ville qui n'était sur aucune voie de commerce, et qui ne semble avoir joué un rôle important à aucune époque.

Néanmoins, en Egypte, il faut tenir compte des circonstances locales que nous ignorons presque toujours, et il est possible que le démotique ait été inventé à Achmim et y fût en usage alors que, d'après Griffith, les Thébains s'en tenaient encore au démotique archaïque. Il serait resté confiné dans cette ville

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jusqu'à ce que, pour une raison que nous ignorons absolument, il sortit de sa cachette et se répandit dans tout le pays.

Le démotique ne supplanta pas l'ancienne langue et l'ancienne écriture, qui demeurèrent en usage pour tout ce qui était officiel et qui tenait au culte. L'hiéroglyphique continua de préférence à être la langue religieuse; les stèles funéraires de l'époque grecque et romaine sont écrites en hiéroglyphes. Il est à remarquer cependant qu'un grand nombre des stèles d'Apis découvertes par Mariette au Serapeum sont en démotique, surtout à l'époque des Ptolémées, ce qui semblerait indiquer que la langue populaire écrite fut plus répandue dans le Delta, où le commerce en avait peut*étre encouragé l'usage. En Haute Egypte, à Philae qui était un lieu de pèlerinage, et sur les rochers qui bordent la route d'Assouan à l'île, on trouve un grand nombre de proscynèmes, d'ex*votos en démotique, et cela est naturel, ceux qui adressaient leur prière à la déesse le faisaient dans la langue qui leur était familière et ne recouraient pas a celle des prêtres.

Ce qui distingue le démotique de la langue littéraire, c'est avant tout l'écriture. Quelqu'un qui le lisait pouvait fort bien ignorer l'hiéroglyphique, et il est même probable que c'était en général le cas. Les caractères anciens ne sont plus reconnaissables, sauf ceux qui pouvaient se réduire à un simple trait. L'élément figuratif a complètement disparu et il devait en être ainsi, car une figure employée pour une lettre n'aurait pu qu'induire l'étranger en erreur.

Le signe démotique, qui n'est autre chose qu'un trait, ne rap# pelle en général en rien le signe hiéroglyphique dont il tient la place. S'agit*il par exemple des noms des dieux, ils pourront être écrits en toutes lettres, mais fréquemment, surtout quand ils entrent dans la composition d'un nom propre, ils sont écrits par un sigle qui en lui*même ne représente rien, et dont il faut avoir la clef par une inscription bilingue.

Il est certain que la lecture d'un texte démotique nous offre de grandes difficultés. Il s'agit, comme le dit Brugsch (1), de recon*

(1) Thésaurus, vol. V, p. 1040.

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naître et de séparer chaque signe. Or, tandis que les inscriptions sur pierre ont des traits plus angulaires et mieux accusés, il n'en est pas de même de ce qui est écrit sur papyrus. On peut, dans l'écriture, distinguer des périodes, sans parler de la plus ou moins grande habileté de l'écrivain qui se reconnaît dans l'examen du texte. Dans les documents les plus anciens de la XXVI. dynastie, l'écri* ture démotique, comme l'hiératique, est épaisse et empâtée, et les signes se noient les uns dans les autres. Même dans la seconde période, sous les premiers Ptolémées, l'écriture est encore très chargée et les ligatures sont fréquentes, mais cependant les élé* ments qui composent chaque signe peuvent être distingués, et gagnent en clarté. Ce n'est guère que dans la troisième période qu'on remarque la tendance à éviter autant que possible la con# traction des signes pour les distinguer les uns des autres, ce dont nous avons des exemples remarquables dans certains papyrus. On a souvent observé, continue Brugsch, que le même signe pouvait avoir des valeurs très différentes, mais il en est de même dans nos écritures courantes, qui souvent omettent de marquer même ce qui est la caractéristique d'une lettre, en sorte que le con* texte seul nous indique quelle est la lecture vraie, et si les Egyp* tiens avaient eu des caractères imprimés, ils auraient certainement rendu la forme exacte dans chaque cas. Il existe, par exemple, un signe auquel on donne six valeurs différentes, dont l'une est le sigle d'Amon. Il en est ainsi parce que nous ne remontons pas à l'origine du signe, ce qui nous aurait conduit à discerner de légères différences pour chacune de ces six valeurs.

On commet la même erreur lorsqu'on croit que le même mot peut être écrit par des signes différents. En remontant à l'origine de pareils signes, par exemple à celui qui correspond à l'hiéros glyphique à — d, on reconnaîtra que le point de départ est le même et que ce sont simplement des variantes graphiques.

Quelque grande que soit dans ces questions l'autorité de Brugsch, qui le premier nous a révélé dans son ensemble ce qu'était le démotique, nous ne saurions adopter complètement ce point de vue qui nous paraît théorique plutôt qu'il ne répond

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à ce que nous avons sous les yeux. Il est certain que les deux grandes difficultés du démotique sont, d'une part, qu'un signe peut avoir des valeurs multiples sans que rien ne montre quelle en est la lecture réelle sinon le contexte, et aussi que, suivant les textes, le même signe peut avoir des formes différentes quoique la lecture soit la même. Qu'une comparaison exacte des valeurs ou des formes puisse nous montrer dans l'un de ces deux cas que les différences existent, quoiqu'elles soient peu marquées, et que pour l'autre le point de départ est unique en dépit des apparences, cela est fort possible, mais il est clair que c'est là une recherche qui ne peut être faite qu'après le déchiffrement, lequel, en raison de ces deux circonstances, est moins avancé, et a conservé un caractère plus incertain que celui des hiéro* glyphes.

Qu'on prenne le lexique d'un texte démotique étendu, comme celui dont Spiegelberg a fait suivre son beau mémoire sur la légende du roi Petubastis (1). L'auteur a suivi pour les dififé* rentes lettres l'ordre du dictionnaire de Brugsch. Déjà à la pre* mière lettre, qui correspond à 1'^^, sur trois mots cités qui commencent par cette lettre, il y a trois formes différentes du signe ; dont l'une, celle qui doit être l'X de la négation XT, ne ressemble nullement aux deux autres ; pour la seconde M il y en a encore plus, et cette variété existe aussi bien pour les con* sonnes véritables que pour les lettres que nous appelons des voyelles, et que Spiegelberg persiste avec toute l'école allemande à transcrire comme des consonnes.

Ainsi l'évolution linguistique des Egyptiens ne les a pas con* duits au même progrès que les Phéniciens, ils ont renoncé au figuratif, mais ils ne sont pas arrivés à adopter une forme unique pour un même caractère; et là il ne s'agit pas d'une modification historique correspondant à une date donnée ; 1'^^ n'a pas une certaine forme dans la première période et une autre à la sui*

(1) W. Spiegelberg, Der Sagenkreis des Konigs Petubastis. Leipzig 1910.

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