‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 53 sur 96 · Chapitre m · texte numérisé non relu

Chapitre m

vante. C'est dans le même texte que cette variété se produit, il n'y a donc pas de forme fixe et arrêtée.

En démotique encore plus qu'en hiératique, le vocalisme s'est richement développé, et ce vocalisme n'a pu être rendu que par les lettres que l'école allemande appelle des consonnes. Brugsch, qui dans son dictionnaire appelait les unes des voyelles et les autres des demi*voyelles, admet qu'en démotiqne ce sont des voyelles pures. Ces lettres sont beaucoup plus souvent écrites que dans l'hiéroglyphique, et si on les transcrit comme voyelles, on arrive à un mot qui est, sinon identique, du moins fort semblable au mot copte. Or le démotique est la transition de la langue littéraire au copte, qui n'est lui-même qu'une langue populaire. Il semble donc que le démotique est une preuve de plus qu'il existe des voyelles dans l'alphabet, et que c'est à tort qu'on veut n'y voir que des consonnes. Le fait que les voyelles sont plus souvent inscrites, fait perdre dans ce cas aux consonnes qui les précèdent leur caractère syllabique, ce ne sont plus des syllabes ouvertes. Les syllabes fermées sont aussi moins fréquentes.

Quand même le caractère figuratif n'existe plus, il y en a un trait qui subsiste, ce sont les déterminatifs que Brugsch appelle Deutezeichen, signes explicatifs. Non seulement on ne les aban* donne pas, mais on en augmente même le nombre; (1) «il n'est pas rare qu'on trouve quatre, même cinq signes muets à la fin d'un mot». Il est certain que la raison d'être qu'on attribuait autrefois au déterminatif, l'explication dn mot écrit phonétique* ment, n'a plus aucun sens, puisque le déterminatif démotique est un signe qui n'a rien de figuratif, qui ne représente rien. En revanche, on peut reconnaître au déterminatif les deux usages que nous lui avons assignés, servir d'indications phonétiques et marquer la fin d'un mot. Mais pourquoi alors y en a*t#il plusieurs, quand un seul suffirait? Il est vrai que la pluralité des déterminatifs est plutôt une exception, néanmoins nous n'avons pas encore découvert quel est le but de cette multiplication des déterminatifs.

(1) Àgyptologie, p. 121.

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Il est certainement étrange de voir comment l'écriture égyptienne s'est modifiée en passant au démotique, et combien elle a peu suivi la marche qu'on devait attendre d'une langue que l'école allemande veut à toute force appeler sémitique. Sans doute, au point de vue graphique, elle s'est beaucoup simplifiée. Au lieu de signes compliqués et qui demandaient, même en hiératique, à être dessinés avec un certain soin, pour qu'on pût reconnaître en quelque manière la figure même dans son dessin, on ne voit plus que des traits, souvent mêlés les uns aux autres, des formes mal accusées et indistinctes, que Sethe appelle «un pêle-mêle de traits». Il ne semble pas qu'il y ait pour chaque signe une forme arrêtée dont l'écrivain ne puisse pas s'écarter; chaque écrivain paraît avoir plus ou moins son alphabet à lui, et l'on peut se demander s'il n'en était pas alors comme de notre temps, où chacun a son écriture par laquelle on peut le reconnaître.

Puis, certainement, l'un des caractères par lequel le démotique diffère le plus d'un alphabet sémitique, c'est l'usage des déter* minatifs. Celui *ci se comprenait très bien dans l'écriture idéo* graphique, où la figure indiquait d'emblée la prononciation du mot qui précédait. Mais dans le démotique, sauf quelques* uns comme celui des poissons, ils sont d'ordinaire incompréhensibles. Ce sont de simples sigles qu'il fallait apprendre comme les carac* tères du mot lui#même, sans cela il était impossible de les recon# naître. Qu'on prenne, par exemple, la série de déterminatifs que Spiegelberg a catalogués dans la chronique de Petubastis, et l'on verra que rien ne rappelle l'hiéroglyphe qu'ils sont supposés représenter. Il serait même impossible de les comprendre si l'on ne connaissait le mot en hiéroglyphes. En réalité il y en a bon nombre dont on ne connaît pas la signification, et dont à cause de cela l'emploi paraît inutile. On pourrait peut* être comparer le déterminatif démotique aux clefs de l'écriture chinoise qui sont destinées, non à indiquer la prononciation, mais à expliquer le sens des mots auxquelles elles sont accolées. Comme les déter* minatifs égyptiens, les clefs de l'écriture chinoise ne se prônons» cent pas, elles indiquent pour qui lit à voix basse le sens du mot.

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