‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 54 sur 96 · Chapitre iir · texte numérisé non relu

Chapitre iir

On voit qu'en démotique, quoique l'apparence des signes soit tout à fait déviée de l'original, il n'en reste pas moins une preuve de l'origine figurative, du fait que le mot a d'abord été un dessin, une représentation. Un déterminatif n'a plus sa place dans une écriture purement alphabétique, qui rend chaque lettre du mot à la place qu'elle doit avoir.

Le démotique, dans la grammaire, présente les caractères d'une langue populaire. On y trouve certains mots qui paraissent en copte et dont l'ancienne langue faisait peu d'usage. C'est même le démotique qui nous explique l'origine de mots ou de particules très fréquentes en copte, et dont le correspondant dans les hiéro# glyphes n'est pas d'un emploi très fréquent, par exemple la par* ticule 6BO\ qui se rencontre si souvent en copte, et même la préformative M6T ou M6MT qui sert à former les mots abstraits, et qui remonte k j.<=^Qh parole.

Les formes des verbes sont les mêmes, mais elles sont réduites en nombre, et comme dans l'ancienne langue elles sont produites par des particules, des pronoms et des auxiliaires, le thème restant invariable, ce sont surtout les auxiliaires qui servent à indiquer les temps.

Quant à la syntaxe, Brugsch nous dit qu'elle est développée à un haut degré et d'après des règles parfaitement fixes. Ailleurs, il insiste sur ce que la construction de la phrase est très simple et très claire. C'est le cas, en effet, de toute langue populaire, la construction de la phrase n'a rien de compliqué, rien de recher* ché, elle rend l'idée de celui qui parle ou qui écrit, dans l'ordre où elle se présente à son esprit, et avec la forme qu'il sait lui donner, forme qui n'a rien d'artificiel, qui ne recherche point d'ornement inutile. La phrase populaire ressemble beaucoup à celle de l'enfant, elle jaiUit spontanément et souvent se préoccupe peu des règles que la grammaire impose au langage.

Pendant longtemps l'étude du démotique a été négligée, le peu d'attrait que présentent un grand nombre des textes, et aussi la difficulté à se rendre un compte exact de la valeur des signes, ont contribué à ce que les égyptologues s'en sont volontiers

% Chapitre m.

désintéressés. Depuis quelques années, lorsqu'on a vu qu'en démo* tique il n'y avait pas seulement des contrats, mais toute une litté* rature dont les morceaux s'accroîtront sans doute par des fouilles heureuses, et qui compte déjà des fables, des romans, des chro* niques, l'attention s'est dirigée de ce côté. Nous ne doutons pas qu'une connaissance plus complète du démotique n'éclaircisse beaucoup de problèmes qui nous arrêtent encore dans l'ancienne langue.

Nous ne pouvons allonger sur le démotique, ni entrer dans le détail de ce qui constitue cette langue. Mais ce que nous tenons à faire ressortir, c'est cette manifestation soudaine d'une évolution de la langue qui remontait probablement très haut, mais qui ne s'était pas traduite par l'écriture. Il est hors de doute que la langue que parlaient les habitants de Thèbes ou de Mem« phis, n'était pas celle du poème de Pentaour ou du grand papyrus Harris. Le populaire avait son dialecte qu'il n'écrivait pas plus que les habitants de la Savoie n'écrivent le patois qu'ils parlent encore, ou que les habitants de Berne ou Zurich n'écrivent ce qu'ils appellent leur dialekt, et qui ne ressemble point au lan* gage dans lequel est rédigé leur journal.

A l'époque des Saïtes, cette langue populaire est apparue, non seulement comme forme de langage, mais avec son écriture spé# ciale qui lui appartient en propre, et qui a été inventée pour elle; par qui et à quelle occasion, c'est ce que nous ignorons absolument. Ce que nous pouvons cependant affirmer, c'est que le démotique est né en dehors de toute influence étrangère, il n'est pas venu en Egypte de l'extérieur, ce n'est pas une invasion pacifique ou belliqueuse qui l'a introduit dans le pays. Il est absolument indigène et autochthone. Ce qui nous le prouve, c'est que nous ne connaissons aucune nation qui ait envahi l'Egypte et qui lui ait imposé sa langue, et c'est la nature même du démotique. On ne peut concevoir un autre qu'un Egyptien parlant et surtout écrivant le démotique. Car si nous avons affirmé que l'écriture hiéroglyphique devait être née dans la vallée du Nil, parce que tous les caractères qui sont des figures

Page 1