‹ L'évolution de la langue égyptienne et les langues sémitiquesChapitre 55 sur 96 · Chapitre m · texte numérisé non relu

Chapitre m

ne représentent que des objets ou des animaux égyptiens sans aucun mélange de l'étranger, nous pouvons ajouter avec la même assurance que le démotique, quoique fort différent d'apparence, a conservé cependant assez de caractères dérivés de l'ancienne langue et lui appartenant exclusivement, pour qu'il soit impos* sible de lui assigner une origine différente.

Cette évolution spontanée de la langue, allant jusqu'au change* ment de l'écriture, se manifestant non comme une modification insensible et graduelle, mais comme un changement rapide et imprévu : c'est là un phénomène linguistique dont il nous semble que jusqu'à présent on n'a pas suffisamment mesuré l'importance, et qui, ainsi que nous allons le voir, peut s'être produit pour d'autres langues et chez d'autres nations.

L'Araméen.

Une fois déjà à propos de l'écriture, ce que nous avons cons* taté en Egypte nous a conduit à regarder en dehors du pays, à l'Asie sémitique, et à nous demander si, dans les langues que nous trouvons dans ce pays, il ne s'était pas passé quelque chose d'analogue, si l'évolution n'avait pas été semblable; et nous avons vu que Praetorius attribuait à l'écriture cananéenne une origine syllabique. Les caractères cananéens, avant d'être de simples lettres, auraient été des syllabes ouvertes, une consonne suivie d'une voyelle finale ce que nous avons reconnu être le cas en égyptien.

Voici maintenant une nouvelle analogie qui se présente à l'es* prit, et qui nous est fournie par le phénomène si bien reconnu de l'apparition du démotique, produit absolument autochthone, évolution spontanée consistant en ce que, à une date qu'on ne peut préciser qu'approximativement, on a mis par écrit la langue populaire qui existait peut*étre depuis des siècles à côté de la langue littéraire; et, pour cela, il a fallu recourir à une écriture nouvelle. De même, si nous considérons que le babylonien

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cunéiforme était la langue qui régnait sur toute l'Asie occidentale depuis Suse jusqu'en Asie Mineure, y compris le pays de Canaan, ne pouvonsîînous pas dire qu'à un moment donné cette langue a vu surgir à côté d'elle une langue populaire écrite, pourvue de son alphabet propre, qui ne l'a pas supplantée entièrement, mais qui cependant est devenue la langue courante? Celle*ci a gagné de plus en plus d'importance, elle s'est répandue au dehors et a fini par avoir aussi sa littérature, comme le démotique, elle est deve* nue une -AOivi].

Cet équivalent du démotique pour le babylonien cunéiforme, n'est#ce pas l'araméen? Cette langue, au lieu d'être la propriété d'un peuple de ce nom, n'est*elle pas l'évolution spontanée, et j'ajoute nécessaire de l'ancien idiome écrit en cunéiforme, évolu* tion préparée probablement depuis des siècles par la langue popu* laire, qui ne se traduit pas dans l'écriture ancienne, mais seule* ment au moment de l'apparition de l'écriture nouvelle répondant à des besoins nouveaux?

Je n'ai nullement la prétention de résoudre ici cette question si grave. Ce serait de ma part une présomption que je n'hésite pas à appeler ridicule. Je la soumets aux spécialistes des langues sémitiques de l'Asie occidentale, et avant tout aux assyriologues. Je ne voudrais que présenter ici les arguments qui me paraissent militer en faveur de cette manière d'envisager l'araméen. Et ici c'est encore l'exemple de l'Egypte, cet exemple si clairement carac* térisé, qui me semble être la considération prédominante. Dans la marche de la civilisation l'esprit humain suit des voies très semblables d'un pays à l'autre, et si les Egyptiens, à une date que nous connaissons, ont reconnu les inconvénients de leur ancienne langue écrite, et ont été obligés de l'abandonner pour une langue populaire, à laquelle ils ont adapté une écriture spé* ciale, on peut supposer qu'il en a été de même pour les popu# lations de la Syrie et de la Babylonie.

En abordant cette recherche, il faut, me semble*t*il, séparer nettement la langue d'avec le peuple qui la parle. L'anthropologie nous enseigne que l'ancienne philologie avait fausse route en voulant

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