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rattacher étroitement la race et le caractère d'un peuple, à la langue qu'il parle. Les langues sont loin de suivre toujours les migra* tions des peuples, et les changements produits par les invasions et les guerres. Ici encore l'exemple de l'Egypte et très instructif, sans parler de bien d'autres. Il nous semble qu'il faut donner aux langues les mêmes noms que les anciens. Pour eux, une langue était désignée par le nom de ceux qui la parlaient, et non par des caractères grammaticaux ou philologiques. L'hébreu ^E^QaiOTi de l'ère chrétienne, était la langue que parlaient les Hébreux du temps, et que les philologues d'aujourd'hui appellent l'araméen. De même, pour les anciens, l'araméen, c'était ce que parlaient les habitants de l'Aram, une vaste région qui compre* nait des populations mélangées, et non pas seulement les Ara* méens proprement dits, dont on attribue l'invasion, en Méso* potamie d'abord, puis jusqu'en Syrie, au 15""^ siècle. (1)
Nous n'avons pas à refaire ici l'histoire des Araméens, ni même à rechercher les caractères spéciaux qui les distinguaient des nom* breuses populations sémitiques occupant la Mésopotamie et la Syrie. Mais il est étrange que, s'ils ont eu dès l'origine une langue et une écriture qui leurs étaient propres et dont ils étaient les inventeurs, et qu'ils ont dû, par conséquent, apporter avec eux lors de leurs premières invasions, on n'en retrouve aucune trace avant les inscriptions du Panammu ou les contrats avec notes marginales. Cela est étonnant surtout si, comme le font plusieurs auteurs, on considère l'araméen et la langue écrite en cunéiforme^ que ce soit le babylonien ou l'assyrien, comme appartenant à des populations différentes et comme s'étant succédé.
Brockelmann, par exemple, nous dira (2) que depuis le S""*^ siècle pénétraient en Mésopotamie des hordes toujours plus nom* breuses de nomades araméens, qui peu à peu conquirent la plaine et plus tard s'introduisirent dans les villes. De cette ma* nière l'ancienne langue du pays fut de plus en plus abandonnée,
(1) KraelinGj Aram und Israël, p. 20.
(2) Brockelmann, Grundriss der vergleichenden Grammatik der semitischen Sprachen, p. 7. ; .
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et depuis Alexandre, peut«être même plus tôt, elle n'était que langue morte. Ailleurs le même auteur nous dit que les Araméens sont connus déjà par les inscriptions babyloniennes et assyriennes depuis le lé""* siècle. A cette époque reculée, nous ne saurions donc rien de leur langue.
D'après cette conception, laquelle est du reste celle de l'an* cienne philologie, dans toute l'Asie occidentale il y aurait eu une seule langue à la fois écrite et parlée, qui nous serait connue par les nombreuses inscriptions cunéiformes que nous avons con* servées. Précédemment déjà, nous appuyant sur Saussure, un philo* logue de la nouvelle école, nous avons insisté sur ce que, toutes les fois qu'une peuple arrivait à un certain degré de civilisation, l'un des idiomes devenait la langue littéraire, le véhicule servant à la communauté, et qui pouvait étendre son domaine bien au* delà des limites du peuple ou de la tribu d'où il était parti. Cette langue littéraire conserve plus ou moins sa forme primitive, et en tout cas n'est nullement soumise aux variations qui se produisent dans le langage parlé. En dehors de la langue litté* raire, il n'y a que des dialectes, dont la tendance est toujours de se morceler.
Il est impossible de considérer ce que nous appelons le cunéi* forme babylonien et assyrien autrement que comme la langue littéraire employée de la Perse à l'Asie Mineure, la langue des lettres, du culte, des documents officiels, qu'on tenait à conserver, mais qui n'était pas le parler de la foule. Dans une région aussi étendue que l'Asie occidentale, il devait y avoir des dialectes, des patois sans nombre, lesquels, comme cela se voit encore de nos jours, pouvaient appartenir à une ville ou à un espace sou* vent très restreint.
En Egypte, ainsi que nous l'avons vu, il a dû certainement en être ainsi après que la langue hiéroglyphique s'est installée dans tous le pays. Même en raison de la nature des signes ser* vant à l'écrire, cette langue a été plus immuable que d'autres, et à côté d'elle des dialectes devaient régner dans les différentes parties du pays. Mais il y a eu autre chose : l'ancienne langue